Le grand chef de Kahnawake Cody Diabo ne s’oppose pas à la reconstruction du pont Mercier, mais demande au gouvernement du Québec d’être partie prenante des études qui doivent être faites sur son territoire. Par ailleurs, il dénonce le développement accéléré dans les municipalités voisines qui augmente le trafic à Kahnawake.
Le grand chef reconnait que la reconstruction du pont est nécessaire, entre autres, pour des raisons de sécurité. «Le pont passe sur notre territoire, donc s’il tombe, c’est nous qui serions le plus touchés», illustre M. Diabo en entrevue.
«Nous sommes en conversation avec la province depuis plusieurs, plusieurs années. Nous voulons travailler ensemble et en collaboration sur ce projet, mais le processus avance lentement», exprime-t-il.
Le conseil mohawk souhaite que certaines études exigées soient faites par des gens de Kahnawake ou, si ce n’est pas possible, que des représentants de la communauté autochtone soient présents et qu’il y ait un partage d’information. Selon M. Diabo, le précédent gouvernement provincial était réticent à cet effet.
Sur son site, le ministère des Transports et de la Mobilité durable dit collaborer avec le Conseil mohawk de Kahnawake. «Une démarche formelle de consultation a été établie entre les deux entités en avril 2018 et se poursuit au rythme de l’évolution du projet», indique-t-on à propos du projet de reconstruction.
Du trafic causé par les villes autour, dénonce Kahnawake
Lorsqu’une des deux voies du pont Honoré-Mercier en direction de Montréal a été fermée d’urgence en octobre, Cody Diabo a critiqué la réaction des maires voisins. «Ils sont préoccupés par le trafic ou parce qu’ils sont pris en otage par tous les travaux au pont, mais ils contribuent à la hausse drastique du trafic sur la Rive-Sud en développant», exprime le grand chef.
Il affirme que sa communauté est la première à subir les conséquences des travaux au pont ainsi que de l’accroissement du trafic. Les rues locales sont souvent utilisées comme raccourci vers le pont. «Certaines personnes de la communauté peuvent attendre 20 à 30 minutes à essayer de sortir de leur cour tellement il y a du trafic», illustre-t-il.
La communauté autochtone sera également directement touchée par l’éventuel chantier de reconstruction du pont Mercier et de l’échangeur Saint-Pierre ainsi que par le projet d’urbanisation de la route 132.

Le grand chef était d’ailleurs présent lors de la conférence de presse cet été sur l’urbanisation de la route 132, mais il rappelle que la position de Kahnawake par rapport au territoire est «pas un pouce de plus», c’est-à-dire qu’elle ne cèdera pas de terrain.
Le projet de la route 132 prévoit l’ajout de voies entre autres pour le transport en commun, mais M. Diabo rappelle qu’il n’y aura pas d’ajout de voies sur le territoire de Kahnawake ni sur le pont Mercier. «Ce n’est pas juste dans une perspective par rapport à Kahnawake, mais une fois que tu arrives sur l’île de Montréal, il n’y a aucune chance que les voies soient également élargies», fait valoir le grand chef.
Le territoire de Kahnawake est une des portes d’entrée vers Montréal, ce qui fait en sorte que la communauté doit être consultée lorsqu’il est question de développement régional, selon M. Diabo. «Tout converge vers Kahnawake […]. Ils ne peuvent pas faire croitre la taille de leurs villes davantage parce que l’infrastructure ne pourra pas le supporter.»
«On doit faire partie des conversations», souligne Cody Diabo.

