L’entreprise de Châteauguay CMP Mécaniques de solutions avancées a récemment lancé une division militaire. Voyant ce qui se passe en Ukraine depuis le début de la guerre, elle a développé un système permettant notamment de déployer une usine de fabrication de drone mobile dans des endroits difficiles d’accès.

CMP se spécialise dans la conception et fabrication de boitiers métalliques et d’électromécaniques pour ses clients. Bien qu’elle œuvre dans une variété de domaines, le volet militaire n’avait pas vraiment été exploité jusqu’à maintenant par l’entreprise établie depuis plus de 50 ans à Châteauguay.

 «On a identifié le marché militaire il y a environ deux ans, explique Edward Zimmerman, chef de la technologie de Sentinel, la nouvelle branche de CMP. C’était même avant l’élection de [Mark] Carney parce que, basé sur ce qu’on voit en Ukraine, on voyait les discussions concernant l’augmentation des dépenses militaires en Europe.»

L’enjeu d’approvisionnement en guerre

Dans la guerre actuelle entre l’Ukraine et la Russie, un des enjeux est la vitesse à laquelle la technologie évolue comparativement à la réalité beaucoup plus lente de la chaine d’approvisionnement.

«Les Ukrainiens dirigent l’avancement de la technologie. Les nouvelles technologies, les nouvelles méthodes, les nouveaux équipements, dans la plupart des cas, sont développés en Ukraine et en dedans de deux, trois mois, les Russes vont copier, explique M. Zimmerman. Chaque deux, trois mois, il y a donc un cycle d’adaptation.» En temps de guerre, rejoindre les équipes sur le terrain peut être un défi.

L’usine mobile dans laquelle on retrouve des imprimantes 3D pour fabriquer des drones. (Photo Le Soleil – Valérie Lessard)

La filiale Sentinel a ainsi développé une usine mobile dans un conteneur qui peut être envoyé dans des endroits hostiles comme le désert ou encore dans l’arctique. À l’intérieur, on y retrouve des ordinateurs et des imprimantes 3D pour fabriquer des drones sur place. Sentinel travaille aussi sur un système pour contrôler et surveiller les drones.

«Au lieu de traverser 1000 kilomètres pour faire des livraisons d’ équipements, on peut faire nous-mêmes certains équipements directement à côté du combat», illustre-t-il.

En ce moment, un drone pourrait être imprimé dans l’usine mobile dans un délai de trois heures et assemblé en une quinzaine de minutes. Les militaires sur place auraient accès à des instructions pour assembler le tout.

La défense à l’avant plan politique

À ce jour, CMP n’a pas encore de contrat avec une armée. L’entreprise a fait des tests dans le désert californien avec l’armée américaine. Il est possible que d’autres tests soient effectués en janvier dans l’arctique en Europe.

Dans les derniers mois, le gouvernement canadien s’est engagé à augmenter son investissement en matériel militaire. Un moment propice pour CMP.

L’usine mobile peut être transportée dans des lieux difficiles d’accès. (Photo : graiceuseté CMP)

M. Zimmerman vise les marchés militaires «de nos alliés», soit le Canada, les États-Unis, les alliés en Europe et des pays dans le Pacifique.

Dans le contexte politique actuel, est-ce une bonne idée de travailler avec les États-Unis ? M. Zimmerman croit que oui. Son constat est que les volets politique et militaire sont bien différents. «Je n’ai pas entendu un seul mot politique et j’ai travaillé avec plusieurs gens des deux bords de la frontière. À NORAD, par exemple, pour eux la mission, c’est la protection de l’Amérique du Nord et c’est une collaboration à 100 % [entre les deux pays]», illustre-t-il.

«Pour le Canada et ses alliés de l’OTAN, la réussite ne dépend pas que de l’acquisition de nouvel équipement. Elle requiert la capacité de détecter, de s’adapter, de fabriquer et de déployer des capacités partout où les opérations l’exigent», fait valoir l’entreprise de Châteauguay.

Une partie de l’équipe Sentinel chez CMP. (Photo : Le Soleil – Valérie Lessard)

Sentinel investit 10 M$ dans ce projet. L’entreprise Lockheed Martin contribue également au projet au même montant. L’entreprise fournit le principal système de commandement et de contrôle (VCSi) ainsi que les capacités logicielles de mission connexes. CMP fait affaire avec plusieurs fournisseurs canadiens, dont Volthium à Sainte-Martine pour les piles.