Après avoir consacré plus de 30 ans de sa carrière à réduire l’utilisation des pesticides dans les vergers québécois, Gérald Chouinard a dû prendre sa retraite en raison de la maladie de Parkinson. Invité à Gravité Info le balado, l’ancien agronome raconte son combat pour faire reconnaître sa maladie comme une lésion professionnelle. Une entrevue à laquelle participait également Thibault Rehn, directeur général de Vigilance OGM, pour discuter des risques liés aux pesticides et de leur encadrement.
Pendant une trentaine d’années, Gérald Chouinard a sillonné les vergers du Québec. D’abord conseiller agronome, puis chercheur au ministère de l’Agriculture, il a consacré sa carrière à trouver des solutions pour diminuer l’utilisation des pesticides, notamment grâce à des méthodes de lutte naturelles contre les insectes.
Mais en 2018, les premiers symptômes de la maladie de Parkinson sont apparus. Ses doigts se sont mis à bouger involontairement. Le diagnostic officiel est tombé l’année suivante.
Ce n’est toutefois qu’après avoir regardé un reportage de La semaine verte, dans lequel des agriculteurs atteints de Parkinson témoignaient de leur exposition aux pesticides, qu’il a commencé à faire le lien avec son propre parcours.
« Et là, j’ai cliqué tout de suite. Je me suis dit : mais oui, c’est ça. »
Pendant des décennies, il avait visité des vergers chaque semaine, parfois dès le lendemain de traitements aux pesticides.
L’ancien chercheur a finalement obtenu la reconnaissance de sa maladie comme lésion professionnelle devant le Tribunal administratif du travail. Une démarche qui, selon lui, a été particulièrement difficile.
Même si cette reconnaissance lui donne droit à certaines indemnités, il affirme toujours attendre la fin du processus concernant son atteinte permanente.
La maladie l’a aussi contraint à abandonner son travail.
« Il y a beaucoup de choses que je ne peux plus faire. Je ne peux pas me concentrer pendant longtemps. Mon niveau d’énergie est très limité. »
Les agriculteurs, premières victimes
Gérald Chouinard insiste sur un point : les producteurs agricoles ne doivent pas être montrés du doigt.
« C’est eux qui sont les premières victimes. C’est vraiment eux, ceux qui les manipulent », affirme-t-il en parlant des pesticides.
Une préoccupation également soulevée par Thibault Rehn, directeur général de Vigilance OGM. L’organisme milite depuis plus de 15 ans pour une réduction de l’utilisation des pesticides et un meilleur encadrement de ces produits.
Selon Thibault Rehn, les gouvernements doivent davantage accompagner les agriculteurs dans la transition vers des pratiques moins dépendantes des pesticides.
De son côté, Gérald Chouinard rappelle que les changements climatiques compliquent la situation, puisque la hausse des températures favorise l’activité de certains insectes et le développement de maladies dans les cultures.
Il existe pourtant des solutions.
L’ancien chercheur donne notamment l’exemple de pommes produites sous des filets protecteurs, sans utilisation de pesticides. Une méthode développée grâce à des travaux de recherche auxquels il a participé.
Il reconnaît toutefois que son adoption à grande échelle demeure difficile, notamment en raison des coûts et des contraintes auxquelles font face les producteurs.
Des pesticides jusque dans l’eau potable
Au-delà des risques pour les travailleurs agricoles, la présence de pesticides dans l’environnement préoccupe également Vigilance OGM.
L’organisme a récemment rendu publics les résultats d’analyses d’eau potable effectuées dans différentes municipalités québécoises, notamment à Longueuil et à Châteauguay.
Selon Vigilance OGM, certaines concentrations mesurées dépassent les seuils de référence européens, tout en respectant les normes applicables au Québec.
Pour Thibault Rehn, cette différence soulève des questions sur l’encadrement des pesticides au Canada.
L’organisme réclame une approche davantage fondée sur le principe de précaution, qui vise à limiter l’exposition de la population aux contaminants.
« L’idée, c’est de ne pas le mettre dans l’eau à la base », résume-t-il.
Plutôt que de demander aux municipalités d’investir toujours davantage pour traiter leur eau, Vigilance OGM souhaite que les gouvernements interviennent directement pour réduire l’utilisation des pesticides à la source.
Des changements législatifs qui inquiètent
Au cours de l’entrevue, Gérald Chouinard et Thibault Rehn ont également exprimé leurs inquiétudes concernant des changements législatifs fédéraux qui pourraient, selon eux, affaiblir les mécanismes de contrôle des pesticides.
Ils dénoncent notamment les dispositions concernant la réintroduction de certains produits et la réévaluation périodique de leur sécurité.
« J’ai travaillé pendant toute ma carrière pour réduire l’usage des pesticides. Et là, je vois un projet de loi qui vient affaiblir les mécanismes qui permettent d’assurer la sécurité dans l’utilisation de ces produits-là », déplore Gérald Chouinard.
Une pétition à la Chambre des communes, soutenue par l’ancien chercheur, avait déjà recueilli plus de 10 000 signatures au moment de l’entrevue. Les citoyens ont jusqu’au 3 novembre pour la signer.
Malgré les difficultés, Gérald Chouinard demeure convaincu que son travail de sensibilisation peut faire une différence.
« Si on ne faisait pas ce travail qu’on fait, la situation serait pire. »
L’entrevue complète avec Gérald Chouinard et Thibault Rehn est disponible sur la chaîne YouTube de Gravité Info et sur les plateformes audio de Gravité Info le balado. 👉 Entrevue complète

