À 85 ans, le pharmacien Réal Lavoie travaille toujours à la succursale Jean Coutu du boulevard D’Anjou à Châteauguay, un cas d’exception selon l’Ordre des pharmaciens du Québec. Le professionnel de la santé témoigne de l’évolution du domaine pharmaceutique. Le Soleil l’a rencontré le 30 décembre, jour de son anniversaire.

Réal Lavoie a connu les longues semaines de travail. Depuis 3 ans, il revêt son sarrau en moyenne 20 heures par semaine. 

À la question pourquoi travaillez-vous encore, M. Lavoie répond : «j’aime le monde» sans plus. Puis, il relate ses premières amours avec le milieu pharmaceutique. «Jeune, j’aimais l’odeur de pharmacie. Ça sentait le médicament. Quand je passais devant une pharmacie, je disais à ma mère : ‟je vais aller faire un tour à la pharmacie, je reviens», confie-t-il.

À 13 ans, Réal Lavoie était coursier pour une pharmacie à Montréal avant de devenir commis quatre années plus tard. «J’étais heureux, mais pas si heureux que cela, avoue-t-il. Mon patron m’a dit de faire mon cours en pharmacie.» Réal Lavoie a été reçu à l’Ordre des pharmaciens du Québec après avoir réussi deux années d’études dans un collège et un parcours universitaire de quatre ans, dit-il.

Après une année comme pharmacien à Lachine, il a réalisé une entrevue à la succursale Jean Coutu du boulevard D’Anjou à Châteauguay. «Cinq minutes après, j’étais engagé», lance l’octogénaire. «On reçoit notre stock la semaine prochaine. Tu commences la semaine prochaine», rappelle M. Lavoie en répétant les mots du responsable du recrutement.

Le comptage des pilules se fait automatiquement. L’humain demeure toujours tout près derrière. (Photo : Le Soleil – Marie-Josée Bétournay)

Ouverture 11 décembre 1975

Réal Lavoie se souvient de la date d’ouverture de la succursale de Châteauguay, la 9e du Groupe Jean Coutu. C’était le 11 décembre 1975. «Je suis le seul [des pharmaciens] qui reste», lance celui qui y travaille depuis le jour 1.

Au fil des 50 dernières années, les outils de travail se sont améliorés. En 1975, M. Lavoie et son collègue pharmacien utilisaient la dactylo. «On faisait nos étiquettes à la dactylo, nos dossiers sur des petits cartons. Tout était à la mitaine», mentionne-t-il en ajoutant que l’informatisation demeure, selon lui, l’avancement le plus notable de sa carrière. L’automatisation a fait place à des équipements hautement technologiques pour compter les pilules et préparer les comprimés pour les piluliers.

L’automatisation aidant, les piluliers sont préparés grâce à des robots. (Photo : Le Soleil – Marie-Josée Bétournay)

Réal Lavoie évoque également les lois encadrant le milieu pharmaceutique. La Loi 41 sur la prolongation et l’ajustement des ordonnances, en vigueur depuis 2015, la Loi 31 adoptée en 2021 reliée à la vaccination de la part des pharmaciens ont été bien accueillies selon M. Lavoie.

Et le projet de Loi 67…voté, la Loi n’est toujours pas en vigueur, précise-t-il. Si elle l’est, elle accordera aux pharmaciens le droit de prélever des échantillons dans la gorge ou le nez de patients pour traiter des infections. Ces actes seront difficiles à réaliser en raison de la charge de travail des pharmaciens, souligne M. Lavoie.

Le pharmacien octogénaire compte parmi une équipe de 10 pharmaciens à la succursale de Châteauguay. Des collègues remplaçants s’ajoutent. Réal Lavoie chiffre à 252 le nombre d’ordonnances effectuées le 11 décembre 1975. Et aujourd’hui? «Je suis sûr qu’on fait au moins entre 2000 et 2500 prescriptions par jour», affirme-t-il.

L’homme de 85 ans côtoie des pharmaciens trentenaires et quadragénaires. Il considère «bonne» la relation avec ses collègues. M. Lavoie reconnaît leur collaboration lorsque vient le temps de le sensibiliser sur divers aspects des logiciels.  

Des collègues techniciennes en laboratoire ont de bons mots pour Réal Lavoie. «Quand on était jeunes, on venait ici avec nos parents, raconte Marie-France. Mes parents connaissaient M. Lavoie. Je travaille maintenant avec lui.» Magalie, 21 ans, parle d’une belle relation entre elle et le doyen du département. «Il est gentil, à l’écoute», dit-elle.

La direction de la pharmacie parle en bien de l’homme. «Pendant un demi-siècle, M. Lavoie a offert bien plus que des médicaments. Il a offert son écoute, sa patience et cette bonté instinctive qui fait toute la différence dans les moments fragiles», explique la chef assistante technique en pharmacie Émilie Hébert.

L’équipe de la succursale Jean Coutu du boulevard D’Anjou a souligné les 50 ans de service de Réal Lavoie à Châteauguay lors d’une soirée hommage le 13 décembre.

Un cas d’exception

Travailler à 85 ans, comme Réal Lavoie, constitue un cas d’exception pour l’Ordre des pharmaciens du Québec. «Nous avons très peu de membres qui demeurent actifs à un âge aussi avancé», exprime la conseillère principale, communications et affaires publiques à l’Ordre Nancy Marando.

Parmi ses 10 846 membres, l’Ordre des pharmaciens du Québec dénombre 14 membres actifs octogénaires. «Nous avons seulement trois membres actifs qui sont plus âgés que M. Lavoie», indique Mme Marando.

La moyenne d’âge des pharmaciens dans les succursales Jean Coutu-près de 420-s’élève à 39 ans, indique la cheffe des communications chez Groupe Jean Coutu Catherine Latendresse.