Trois élèves de 6e année de l’école Sainte-Martine se déplacent vers l’école à vélo tous les jours de l’année scolaire, beau temps mauvais temps, même l’hiver. Il s’agit d’un défi occasionnel, mais les cyclistes en constatent également les bienfaits.

L’instigateur du projet, Pierre-Olivier Ménard, a tenté ce mode de transport à l’automne durant l’année scolaire 2024-2025. Puis, il l’a essayé l’hiver suivant. «Je voulais me lancer le défi [remplacer le transport en autobus jaune par la bicyclette] été comme hiver», explique le jeune de 12 ans.

La passion de Pierre-Olivier pour le vélo a conquis Mathis Lallement au cours de l’année scolaire 2024-2025. Le garçon de 12 ans a voulu suivre l’exemple de son ami. Jamais il n’a senti un moment de découragement. «Quand il fait froid, ce n’est pas le fun, mais c’est le but du défi», mentionne-t-il.

Puis, Jacob Pitre, un voisin de Pierre-Olivier, s’est joint au duo. Le garçon de 11 ans en est à son premier hiver à vélo. Il se lance ce défi par admiration pour Pierre-Olivier, dit-il.

Gants chauffants et lunettes de ski

L’hiver, Pierre-Olivier enfile ses gants chauffants et lunettes de ski. Il enfourche son vélo muni d’un pneu à clou à l’avant. «Ce n’est pas magique, admet-il. Ça arrive que je tombe parfois.» Les chutes étaient plus fréquentes sur la glace le premier hiver. «On a appris de nos erreurs», soutient-il.

Pierre-Olivier aime faire le trajet vers l’école avec ses amis. Celui qui dit être «embarqué dans ce projet» explique que ses déplacements le réveillent au même titre qu’un cours d’éducation physique. Mathis approuve.

Jacob utilise un vélo aux pneus surdimensionnés [fat bike]. Il aime la stabilité de la bécane. «C’est vraiment bizarre de passer d’une moyenne roue à une très grande roue», confie-t-il. Au printemps, il le troque pour son vélo hybride. Depuis qu’il pratique le vélo au quotidien, Jacob note une meilleure concentration en classe. 

Mathis roule sur une ancienne bicyclette de son père. Il ne s’agit pas du «meilleur vélo», mais il précise que l’engin demeure sécuritaire.

Pour Jacob, l’hiver demeure la saison la plus difficile pour pédaler. Par journées chaudes, la vitesse amplifiée par le vent le rafraîchit. Mathis déteste le froid hivernal. Le 16 janvier, le froid était mordant. Mathis avait les genoux gelés lorsqu’il a débarqué de son vélo dans la cour d’école, confie-t-il.

Au début de l’aventure, les compagnons de classe étaient étonnés de voir les garçons arriver dans la cour d’école à vélo, le matin. Depuis, leur geste s’avère commun. Le trio a le droit à des encouragements. Pierre-Olivier, Jacob et Mathis qualifient leurs professeures comme leurs «plus grandes supportrices».

Le beau temps revenu, le nombre de jeunes emboîtant le pas aux trois garçons s’élève à une dizaine.

(Photo : Le Soleil – Marie-Josée Bétournay)

Près de 10 km aller-retour

Sur le coup de 7 h, Jacob se rend à la résidence de Pierre-Olivier. Les deux garçons roulent sur le boulevard Saint-Jean-Baptiste, le traversent à un passage piétonnier et empruntent la piste cyclable. Dernier arrêt avant de se rendre dans la cour d’école : la résidence de Mathis.

Le père de Pierre-Olivier, Sébastien Ménard, estime à près de 10 km la distance que les jeunes parcourent aller-retour chaque jour. «Je les trouve courageux. Je trouve ça épatant. C’est une belle tape dans le dos pour eux», indique M. Ménard.

Sébastien Ménard se sent-il en sécurité lorsque son fils quitte la maison à vélo tous les matins? Il parle des déplacements sécuritaires de Pierre-Olivier. «Le risque zéro n’existe pas. J’aurais beau l’envelopper dans la ouate, bloquer le trafic pour lui, l’accident va se présenter naturellement», soutient-il.

43 % des jeunes adhèrent au transport actif

Au Canada, 43 % des jeunes de 5 à 17 ans adhèrent au transport actif pour se rendre à l’école, laisse entendre la directrice générale de l’organisme Particip’Action, Mariane Parent.

Mariane Parent. (Photo : capture d’écran)

Statistique Canada recommande aux jeunes de pratiquer une activité physique d’intensité moyenne à élevée au moins 60 minutes par jour. Or, seulement 27 % des jeunes canadiens l’atteignent, estime Mme Parent. Chez les filles, elle parle d’«une catastrophe»; 11 % des Canadiennes de 12 à 17 ans respectent la recommandation. «À la puberté, il y a une transformation chez les jeunes filles. Leur corps change, souligne la directrice générale de Particip’Action. Il y a un malaise attribué à l’activité physique. Je ne veux plus bouger, me mettre en action, je ne veux pas suer. Il y a quelque chose dans l’image corporelle qui est très forte.»

Peu d’initiatives

Dans les municipalités, Mariane Parent considère «timides» les initiatives pour marcher ou pédaler jusqu’à l’école. Elle vante l’aménagement de pistes cyclables et d’accotements en bordure de route qui facilitent les déplacements à vélo, entre autres. «Au-delà des inscriptions à une activité physique, il faut que nos jeunes aient un accès à des façons de bouger dans leur communauté», exprime-t-elle.

Outre les municipalités, le transport actif interpelle les parents et les établissements d’enseignement. «Ça prend des parents qui y croient», souligne Mme Parent. Certains d’entre eux hésitent à laisser leurs enfants partir pour l’école par eux-mêmes de crainte qu’un accident ne se produise, relate-t-elle.

À l’école, l’aménagement de leur cour et la mise en place d’infrastructures pour faciliter le transport actif ne constituent que quelques exemples. «Quand on travaille ensemble, il y a de la magie qui peut se passer», lance Mme Parent.

Santé physique et mentale

Lors de leurs déplacements à vélo, les jeunes voient au bien-être de leur santé physique et mentale. «On coche plein de bienfaits sur l’anxiété, ma conscience du corps, comment il me permet de me déplacer», énumère Mariane Parent.

Les comportements en lien avec les habitudes de vie risquent de perdurer chez ces jeunes une fois adultes. La prise de conscience de leur environnement s’accentuera. «Si la piste cyclable est en péril ou on veut faire des changements qui enlèvent le transport actif, ces jeunes vont venir à la défense parce qu’ils vont l’avoir utilisée quand ils étaient plus jeunes», note la directrice générale de Particip’Action.