C’est dans le froid mordant de février 2016 que la famille syrienne Al Daas est arrivée à Châteauguay, parrainée par un regroupement de citoyens et d’organismes communautaires de la région. Qu’en est-il de leur intégration près d’un an plus tard?
«Le bilan est positif, dans tous les sens du terme, confie Jean-François Lavallée, porte-parole du Comité d’accueil des réfugiés du Gand Châteauguay (CARGC). Ils ne sont pas dépensiers, si bien qu’il nous reste encore une grosse partie des 30 000$ que nous avions ramassés en dons pour subvenir aux besoins de la famille pendant sa première année», indique-t-il.
Le père, Issam Al Daas, vient d’obtenir sa carte de résident permanent et poursuit les étapes en vue d’obtenir son permis de conduire.
Chose curieuse, cette étape est un élément crucial pour l’indépendance de la famille, qui a encore besoin de l’aide d’une dizaine de bénévoles. «Ils ont besoin de transport pour l’épicerie ou lorsqu’un enfant est malade et qu’il faut l’amener chez le médecin», explique M. Lavallée. Avec l’argent qui reste, dès qu’Issam obtiendra son permis, nous pourrons acheter un véhicule assez grand pour transporter toute la famille. Ça changera beaucoup de choses pour eux».
Communication difficile
Dans leur appartement de quatre pièces à Châteauguay, les membres de la famille progressent chacun à leur rythme avec le français, qui constitue l’autre plus gros frein à l’intégration. La petite Salam, sept ans, qui est l’aînée du couple, s’est rapidement intégrée à l’école, où elle veut aller même lorsqu’il y a des journées pédagogiques. Elle a répondu timidement en français aux questions de la journaliste. Elle dit aimer voir ses amis, dessiner et jouer au «ballon poire».
Ses parents, quant à eux, ont encore du travail à faire pour fonctionner avec cette deuxième langue. Raida Al-Ekeh, une Châteauguoise d’origine syrienne, était présente pour traduire les questions de la journaliste du français vers l’arabe au moment de l’entrevue. «Je les considère comme mon neveu et ma nièce», dit celle qui est toujours disponible pour aider la petite famille lorsqu’il y a un rendez-vous avec l’école ou avec le médecin.
Et justement, lorsqu’on demande à Issam et à Ghofran ce qu’ils souhaitent accomplir pour la prochaine année, leur réponse est la même : améliorer leur français.
Et que feront-ils lorsqu’ils auront un véhicule? «On ira visiter partout», répond Issam.
Celui-ci poursuit ses cours de francisation après une pose de quelques mois, mois pendant lesquels il a occupé un emploi saisonnier pour un piscinier de la région. Une première expérience sur le marché du travail québécois qui lui a beaucoup plu, dit-il. Son épouse, Ghofran, commencera des cours de français dès que le plus jeune de ses enfants intégrera la garderie dans quelques mois.
Ce qu’ils apprécient
Lorsqu’on demande au couple ce qu’il apprécie le plus de sa nouvelle vie, Issam répond sans hésiter : «la sécurité». «Ici, je peux partir pendant la journée, laisser ma famille et je sais que pendant mon absence, il ne leur arrivera rien», dit-il.
Quant à la neige, il y en avait aussi dans leur village en Syrie. «Mais il ne faisait pas aussi froid qu’ici», disent-ils.
La petite famille a d’ailleurs bravé le froid, le 9 décembre, pour assister à la parade du père Noël qui se tenait dans les rues de Châteauguay. «Les enfants ont beaucoup apprécié, fait part Ghofram par l’intermédiaire de l’interprète. Mais Amer a eu peur du père Noël», ajoute-t-elle en riant.
L’histoire de la famille
Issam Al Daas s’est enfui en août 2014 de Konakri, son village natal située à 60 km de Damas. Il s’est caché pour éviter le sort réservé à tous les hommes de son âge : être enrôlé de force par l’armée, sinon, être exécuté. Après six mois, il retourne auprès de sa famille, puis quitte avec celle-ci vers le Liban, où il trouvera un emploi comme cimentier. Pendant cette période, la famille s’entasse dans un appartement d’une pièce. En février 2015, il décide de s’inscrire auprès de l’ONU pour trouver une terre d’asile. En décembre 2015, on lui propose de venir s’installer au Canada. «Pour nous, le Canada, c’était le top des pays. Nous étions vraiment contents», témoigne Issam. La famille atterrit à Montréal le 18 février. Elle s’installe dans son logement de Châteauguay le 2 mars.
