Le nombre de conducteurs âgés de 85 ans et plus a grimpé de 64% en Montérégie en 6 ans pour atteindre 7281.
La mort tragique de Roland Cartier la semaine dernière suscite questions et réflexions sur la sécurité des aînés au volant. L’homme de 84 ans, beau-père du maire de Sorel-Tracy Serge Péloquin, a été porté disparu, puis retrouvé mort gelé cinq jours plus tard près de son de véhicule enlisé dans un rang à Saint-Marc-sur-Richelieu, à 50 km de sa résidence. Il était désorienté et il se serait égaré en raison notamment des conditions météo, selon la famille et la Sûreté du Québec.
Néanmoins, l’âge des personnes n’influence en aucun cas le nombre d’accidents impliquant des personnes de 85 ans et plus, soutient le porte-parole de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ), Mario Vaillancourt.
Selon les données obtenues auprès de la société d’État, le nombre de titulaires d’un permis de conduire âgés de 85 ans et plus est passé de 4451 conducteurs en 2009 à 7281 en 2014 en Montérégie.
M. Vaillancourt explique cette hausse par le vieillissement de la population. « Les jeunes obtiennent le plus fort pourcentage d’accident. Ce n’est pas une question d’âge, mais une question de capacité à conduire. Pour conserver son permis, une personne de plus de 75 ans doit avoir les capacités cognitives requises. »
Selon les règles de la SAAQ, les conducteurs doivent remplir un rapport médical à 75 ans, à 80 ans et aux deux ans par la suite. Cet examen médical doit être effectué par un omnipraticien et un optométriste.
En 2014, 125 667 contrôles médicaux ont été effectués pour les personnes de 75 ans et plus. Seulement 843 permis ont été suspendus à la suite de ces contrôles, souligne M. Vaillancourt.
Selon la professeure-chercheuse du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Mélanie Levasseur, les moyens de contrôle mis en place par la SAAQ sont adéquats. Ils représentent un bon équilibre entre l’absence de telles mesures et des contrôles médicaux qui seraient trop fréquents, invasifs et coûteux, souligne-t-elle.
Les mesures préventives doivent toutefois être renforcées, pense Mme Levasseur, puisque la conduite est un privilège et non un droit. Des alternatives à la conduite automobile doivent aussi être renforcées, notamment en lien avec l’apprentissage de l’utilisation du transport en commun, ajoute-t-elle.
« Chaque conducteur, jeune ou moins jeune, est responsable de déclarer à la SAAQ toute diminution de ses capacités à conduite. Il importe de sensibiliser la population aux capacités requises pour conduire et aux stratégies qui peuvent être mises en place pour prolonger une conduite automobile sécuritaire. »
Du cas par cas
Le médecin de l’unité de courte durée gériatrique de l’Hôtel-Dieu de Sorel, le Dr Mathias Clavel, mentionne que deux éléments peuvent causer un retrait du permis de conduire, soit un trouble cognitif sévère ou une condition médicale définitive qui ne permet pas la conduite.
D’après le Dr Clavel, les personnes dépassant les 85 ans sont plus à risque de développer des problèmes de santé qui peuvent affecter les capacités de conduite.
« Des personnes de 85 ans peuvent être en excellente santé. C’est vraiment du cas par cas. Si on a des doutes que la situation peut être non sécuritaire, on demande à la SAAQ d’évaluer la conduite de la personne. Les citoyens, les membres de la famille ou la personne elle-même peuvent signaler un problème afin qu’une situation ou un accident soit évité », suggère-t-il.
L’histoire de M. Cartier est triste, mentionne la Dr Levasseur. Les contrôles médicaux sont très importants quand une personne vieillit, ajoute-t-elle.
« Triste situation, je suis vraiment désolée pour M. Cartier et ses proches. Le vieillissement peut entraîner une dégénérescence progressive des systèmes du corps humain qui rend les aînés plus vulnérables à ce type d’incidents et aux accidents de la route. »
Un programme intitulé Au volant de ma santé est également offert aux organismes travaillant auprès des aînés en collaboration avec la Sûreté du Québec (SQ).
L’agente de relations avec la communauté de la SQ Pierre-De Saurel, Lucie Poirier, travaille avec les organismes du milieu pour informer ceux-ci de ce programme de prévention.
« On traite de sensibilisation de la conduite au volant pour les aînés et on évalue s’ils sont à risque. Les policiers, lors de contrôles routiers, vont également faire un signalement si une personne âgée présente une conduite problématique. Ils vont évaluer la santé et la sécurité, puis informer les proches. Avec le vieillissement de la population, nous en voyons de plus en plus sur les routes », conclut-elle.
Nombre de conducteurs âgés de 85 ans et plus en Montérégie
2009/2010/2011/2012/2013/2014/Augmentation
4451/4902/5528/6006/6649/7281/64%
