Des locataires du Domaine des Érables à Châteauguay ont remis les pieds dans leur chez-soi pour la première fois, jeudi, depuis l’incendie majeur survenu dans l’immeuble le 24 mars. Pas pour le réintégrer. Les quelque 70 logements du 131, boulevard Maple doivent être vidés. Tous leurs occupants doivent déménager. Un grand défi, laisse entendre Nathalie Labbé, gestionnaire du complexe résidentiel.

La majorité des occupants sont des personnes âgées. Sur 68, 22 n’avaient pas d’assurances, a informé Mme Labbé, qui a accepté d’accorder une entrevue au journal le jour de la réouverture de l’immeuble aux résidents.

«Il y a en a qui ont vraiment tout perdu. Et il y en a qui ont besoin de bras. Et de boites aussi», a-t-elle souligné.

«On n’est pas capables d’avoir des boites. Les magasins n’en ont pas. Ils les mettent toutes au recyclage. Si des gens veulent en donner, on va aller les chercher !» a lancé Johanne Fortin, venue donner un coup de main.

Avec un ancien résident de Châteauguay vivant maintenant à Ottawa, Rob Brewster, elle s’occupe d’une page Facebook créée pour informer les sinistrés et les soutenir. «Ce n’est pas évident parce qu’ils sont éparpillés partout et on ne sait pas où ils sont. Et, à 92 ans, ils ne sont pas sur Facebook», a observé Mme Fortin. Elle n’a pas de famille dans l’immeuble mais se dit sensible au sort des personnes âgées. «C’est ma ville», a-t-elle fait valoir.

Coordonner les déménagements

Pour éviter que les occupants des 70 logements se retrouvent dans le couloir et les escaliers en même temps avec leurs meubles, Mme Labbé invite les locataires à la contacter pour organiser les déménagements.

Pour le moment, il n’y a pas de date limite pour vider les lieux, ni pour le retour à la normale. Ce parce que la nature des travaux à exécuter reste à préciser, a renseigné la gestionnaire.

Grands travaux

Chose certaine, le chantier sera important et touchera tous les appartements. Ce pourquoi tous les locataires doivent vider leurs appartements même s’ils prévoient revenir habiter l’immeuble.  «Il y a des murs à remplacer. On va devoir démolir. Tous les appartements seront peinturés. On veut pouvoir bien faire notre travail», a établi Nathalie Labbé.

Immeuble sécurisé

L’administration n’a pas laissé les locataires du 131, boulevard Maple retourner chez eux avant le 5 mai car il fallait auparavant sécuriser l’immeuble. «Une poutre de soutien était à risque d’effondrement après l’incendie. Même le corridor était à risque», a mentionné Mme Labbé. Les réparations requises ont été effectuées. Les murs des corridors ont été recouverts de plastique et les tapis des planchers arrachés et remplacés par du carton.

 

Réfrigérateurs aux rebuts

L’électricité ayant été coupée à la suite du feu, les réfrigérateurs et les congélateurs ont été emballés et sortis de l’immeuble. «C’était quelques jours avant Pâques, les gens prévoyaient recevoir. Il y avait beaucoup d’aliments à l’intérieur. Quand on ouvrait les portes, c’était terrible», a confié Nathalie Labbé.

«C’était vivant dans les frigos», a rapporté Johanne Fortin. La dame a eu des bons mots pour la gestionnaire du Domaine des Érables. «C’est incroyable ce qu’elle a fait. Elle n’a pas pris congé pendant 15 jours et elle travaillait 12 à 15 heures par jour», a-t-elle apprécié.

Les gens qui veulent donner et les locataires sans assurances ayant besoin d’aide peuvent contacter Mme Labbé au 450 699-8253.

Au total, le Domaine des Érables compte près de 200 logements. Tous ont pu être évacués sains et saufs le jour de l’incendie. Outre la partie à rénover, le complexe comporte une aile de 112 logis que les locataires ont pu réintégrer.

 

 

Les adieux d’un locataire

«On garde ce qui est bon et on jette le reste !» a lancé Michel Morin, affairé avec sa femme Denise dans le logement de son frère Jean au Domaine des Érables. Dans l’entrée, une pile de boîtes de carton portant des inscriptions «Electronique», «Livres». Locataire de l’endroit depuis 15 ans, Jean Morin fait le ménage dans sa chambre. Du salon, on voit le boulevard Maple, l’école Billings.

«On fait les boites aujourd’hui et on déménage demain après-midi. Mon frère a trouvé un autre logement. Il va habiter rue Léonie-Paradis», a indiqué Michel Morin. Lui et sa femme hébergeaient leur proche sinistré en attendant de lui trouver un nouveau toit.

Tous n’ont pas autant de chance et d’aide. Une dame a laissé un message sur le répondeur du journal il y a quelques jours. «Je suis une sinistrée du feu du 24 mars et je suis toujours au motel», a-t-elle déploré.

 

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