La pratique du vélo de montagne au centre écologique Fernand-Seguin à Châteauguay n’est plus tolérée par souci de conservation du milieu naturel. Ce qui ne fait pas l’affaire des cyclistes, dont certains utilisent ces sentiers depuis belle lurette. Un programme sportif de l’école secondaire Louis-Philippe-Paré est également menacé par cette nouvelle directive.
«Tout ce qu’on demande, c’est de pouvoir continuer à utiliser un sentier traversant une petite portion du centre écologique Fernand-Seguin pour accéder à un autre réseau de sentiers sur des terrains privés, où les propriétaires nous autorisent à pédaler», fait savoir Jacques Amyot, président du regroupement Réseau Cyclable Châteauguay. Selon lui, l’application de cette nouvelle directive se rapproche du «zèle», puisque la pratique du vélo de montagne n’aurait, à son avis, que peu d’impacts sur la flore. «Nos sentiers sont déjà là, et ils n’ont qu’un pied de large, soit pas mal moins qu’une piste de ski de fond ou de quatre roues», plaide-t-il.
Casse-tête à LPP
Un programme sportif de l’école secondaire Louis-Philippe-Paré à Châteauguay, comprenant un volet axé sur la pratique du vélo de montagne, est complètement perturbé par cette nouvelle consigne. «C’est décevant, réagit Marie-Louise Kerneïs, présidente du conseil des commissaires de la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries (CSDGS). Ce ne sont pas seulement les élèves du programme sportif qui sont touchés, mais également ceux de groupes d’adaptation scolaire, qui avaient développé un projet de réparation de vélos en lien avec le programme sportif. Si les vélos ne sortent plus, ils ne peuvent plus les laver et les entretenir… ».

L’école LPP n’a pas encore décidé ce qu’elle fera avec les élèves de ces deux programmes en septembre. «On est toujours à explorer des solutions», indique Mme Kerneïs.
Pour M. Amyot, «c’est surtout pour eux (les élèves) que c’est dommage. C’était un des rares programmes scolaires du genre, fait-t-il savoir. On veut encourager les jeunes à faire plus de sport, et là, on compromet un programme qui les intéressait».
Luc L’Écuyer, directeur de l’organisme Héritage Saint-Bernard, qui assume la gestion du centre écologique Fernand-Seguin, assure avoir avisé la direction de l’école LPP de ce changement de directive il y a deux ans. Mais du côté de la Commission scolaire, on dit n’avoir été informé que tout récemment. «En tout cas, l’information n’est pas venue jusqu’à mes oreilles», soutient Mme Kerneïs.
Protection du milieu naturel
M. L’Écuyer explique que les vélos sont interdits depuis quelques années au centre écologique Fernand-Seguin, mais que la règle était «plus ou moins appliquée». «C’est la signature de l’acte notarié de servitudes croisées entre la Ville de Châteauguay et Nature-Action Québec, en 2016, qui a tout changé, dit-il. Car avec cette signature, un contrôle plus serré de conservation du territoire et des règles qui l’accompagnent sont exigés.

Mais les vélos ont-ils un réel impact sur la faune et la flore du centre écologique ? «Plus qu’on le pense, répond M. L’Écuyer. Les amateurs de vélos vous diront que non, mais les roues sont très agressives sur la flore, observe-t-il. Et c’est incompatible avec l’usage qu’on fait actuellement des sentiers, qui sont empruntés par les randonneurs et les familles».
De son côté, M. Amyot pense qu’il s’agit là d’une interprétation extrême de ce qui est écrit dans le document de servitudes croisées. «Il y est clairement indiqué que la pratique du vélo y est permise pour des fins éducative et touristique», prétend-il.
Un espoir

Mais il semble y avoir de la lumière au bout des sentiers. Le directeur d’Héritage Saint-Bernard dit être ouvert à l’idée de créer des sentiers dédiés uniquement aux vélos de montagne. «Mais ça ne peut pas se faire comme ça. Il faut de l’argent pour acquérir de nouveaux terrains qui pourraient permettre de créer un lien cyclable entre Fernand-Seguin et l’île Saint-Bernard. C’est un projet qui se discute», fait-il savoir.
De son côté, le maire de Châteauguay, Pierre-Paul Routhier, a mentionné son intention d’étudier un peu plus attentivement le dossier afin de mieux comprendre le document de servitudes croisées qui interdit la présence de vélos de montagne. «Est-ce que c’est une interdiction préventive, ou est-ce qu’il y a déjà eu des dommages constatés liés à cette pratique? Ce sont des choses qu’on va regarder», a-t-il fait savoir au Journal.
Contexte
Le centre écologique Fernand-Seguin appartient à la Ville de Châteauguay. C’est toutefois l’organisme Héritage Saint-Bernard qui a le mandat d’en assurer la gestion. Nature-Action Québec, de son côté, a fait l’acquisition de plusieurs hectares de terrains situés autour du centre écologique F-S avec l’aide d’investisseurs privés et publics, dont la Fondation de la Faune et la CMM. La signature d’un acte de servitudes croisées en 2016 entre la Ville de Châteauguay et Nature-Action a eu pour effet de lier l’ensemble des terrains dans un souci commun de protection du territoire.
