«On s’aime nous autres, hein !» dit très fort Louise Robillard, tout près de l’oreille de sa grand-mère, la chaleur de sa main sur la sienne.

«Je n’ai pas compris, répond Fleurelle Marcoux-Goulet en souriant. Je ne suis pas sourde mais je n’entends pas !» À presque 104 ans, son audition varie au fil des jours. La dame atteindra cet âge vénérable quelques jours après la Saint-Valentin. «Je suis née en 1912. Le 18 février», confirme-t-elle assise dans la chambre qu’elle occupe au Manoir Parent à Châteauguay. Elle a bien voulu accorder une entrevue au journal en compagnie de sa petite-fille qui la visite régulièrement et qui constitue maintenant sa seule famille avec son petit-fils. «Je viens la voir chaque semaine. Elle représente beaucoup pour moi. C’est la seule aïeule qu’il me reste», confie Mme Robillard.

Une aïeule dotée d’une solide constitution. «Elle a vécu seule en appartement jusqu’à 98 ans», souligne sa petite-fille.

Le secret de cette longévité ? «Elle a une joie de vivre. Ce n’est pas une personne qui se décourage. Elle rit beaucoup. Un moment donné elle a perdu son œil gauche et ça n’a pas été dramatique», exprime-t-elle.

Si ses sens se sont émoussés, la centenaire est toujours bien lucide et son souci de bien paraître est intact. Quand le journaliste a passé la porte de son petit chez soi, Mme Marcoux-Goulet se peignait les cheveux avec application devant un grand miroir. Sa petite-fille lui a appliqué du rouge à lèvres. Doucement. Puis elle lui a mis ses boucles d’oreilles.

Des bijoux

«Ma grand-mère a toujours été coquette. J’allais coucher chez elle quand j’étais petite et mon plaisir c’était de jouer dans son coffre à bijoux. J’ai hérité de son dada», révèle Louise Robillard, élégante comme sa mamie.

L’amour en 1931

Comme la fête des amoureux est toute proche, comment Mme Marcoux-Goulet a-t-elle connu son mari dans sa jeunesse ? «Je l’ai rencontré dans un cirque. Il cognait pour faire sonner une cloche», se rappelle-t-elle. Elle avait alors 19 ans. C’était en 1931. «Il avait fait sonner la cloche et l’homme ne voulait pas lui donner son cadeau. Mon père a exigé qu’il le lui donne», précise-t-elle.

Sa petite-fille raconte que le père de sa grand-mère s’est rendu compte qu’il connaissait le père du garçon qui avait réussi à faire tinter la cloche. «Ils ne s’étaient pas vus depuis très longtemps. C’est comme ça que mon arrière-grand-père a accepté que le garçon raccompagne ma grand-mère à la maison», fait-elle part.

Fleurelle Marcoux et Lucien Goulet ont eu deux filles, Gisèle et Lise, aujourd’hui décédées. Devenue veuve en 1957, Mme Marcoux a intégré le marché du travail. Elle a gagné sa vie comme réceptionniste.

Son 104e anniversaire sera fêté en grand au Manoir Parent le 18.