La fête des Pères aura un sens très particulier pour Gilles Cloutier dimanche. Il y a quelques semaines, il a retrouvé sa fille qu’il chérissait depuis 46 ans sans savoir où elle était ni même à quoi elle ressemblait. La dernière fois qu’il avait vu sa Pascale, c’était une petite bonne femme de trois ans.
«C’est une deuxième chance à la vie. C’est des grosses émotions. Je suis encore en état de choc», confie l’homme bien connu comme athlète et entraîneur dans la région.
Alors qu’il était au début de la vingtaine, sa conjointe de l’époque est partie avec Pascale sans laisser d’adresse. Gilles Cloutier a cherché à retracer son enfant. Le temps a passé. Il ne l’a jamais, jamais oubliée. Parmi ses objets précieux, il y a des cartes d’anniversaire. «À sa fête, en 1983, je lui ai écrit : je t’aime mon chaton. T’as 16 ans», donne-t-il en exemple. En 1991, il a inscrit sur une image montrant une petite fille appuyée sur un mur, que l’on mesure : «11-11-91. Cette photo me fait penser à ma fille Pascale que j’aime très fort après toutes ces années. Ton souvenir vit dans mon âme ! Papa Gilles x».
Il s’inquiétait pour elle, se demandait ce qu’elle devenait, si elle était heureuse.
Retrouvée
Le vœu le plus cher de Gilles Cloutier a été exaucé le 14 mai. «Une amie m’a téléphoné et m’a dit : j’ai retrouvé ta fille. Veux-tu la voir ?» raconte-t-il. Il était à 30 minutes de route de chez lui. Arrivé à la maison, il a ouvert l’ordinateur. L’image de Pascale est apparue. Une femme de 49 ans. Blonde comme lui. Le regard doux. «J’ai dit wow ! C’est une belle fille ça !» lance Gilles Cloutier. Son amie lui a demandé s’il voulait aussi voir ses petits-enfants. «Je lui ai dit : arrête ! Tu vas me faire mourir», dit-il.
Sa fille vit avec ses trois enfants dans la région de Vancouver. Les retrouvailles sont complexes puisque Pascale ignorait tout de l’existence de son père biologique. «Aux premiers contacts, elle était réticente. Elle pensait que ça pouvait être une arnaque. Elle voulait que je passe un test d’ADN. Je lui ai dit : je vais t’envoyer de mes cheveux dans une enveloppe, tu vas bien voir», relate Gilles Cloutier en riant.
Il publie son histoire sur Facebook avec des photos. Pascale lui ressemble beaucoup. Même sourire. Mêmes yeux. Elle s’est rendue à l’évidence. Mais c’est tout un choc dans sa vie, reconnait Gilles Cloutier. «Moi ça fait 49 ans que je l’aime et elle 10 jours !» image-t-il.
Facetime
Le 22 mai, elle lui a demandé son numéro de cellulaire pour le «facetimer». Gilles Cloutier a raconté sur son compte Facebook : «Je lui dis : je connais pas ça et je pense pas avoir ça sur mon cell, et ça sonne. Je sais que c’est elle, on s’était dit : qu’est-ce qu’on va se dire, comment agir. Puis elle a dit : on verra. Et, en acceptant, elle apparait, belle, blonde, le sourire fendu tellement fière de son coup.» Ils ont pleuré un peu. Fait des farces. Se sont dit : je t’aime.
Pour la première fois en 46 ans, Gilles Cloutier a parlé à sa fille. «Ça été une des plus grandes joies de ma vie», assure-t-il en entrevue.
Il a maintenant bien hâte de la voir en personne.
