Un homme de Châteauguay a souffert ces derniers jours d’une grave infection causée par une souche d’E. Coli multirésistante aux antibiotiques. Double ironie du sort : le sujet est brûlant d’actualité cet automne. Et le malade est un journaliste. Il s’agit de l’auteur de ces lignes.
Le problème grandissant des nouveaux microbes contre lesquels les antibiotiques traditionnels sont inefficaces constitue une grande préoccupation à l’échelle planétaire. «La résistance aux antimicrobiens est un phénomène qu’on constate partout dans le monde qui menace notre capacité à traiter les maladies infectieuses et compromet de nombreuses avancées médicales et de santé publique», indique sur son site internet l’Organisation mondiale de la santé. Devant la montée en force des microorganismes, l’OMS a adopté en 2015 un plan d’action et lancé la «Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques». La campagne se déroule cet automne du 14 au 20 novembre. Elle vise à sensibiliser la population au phénomène des germes résistants aux antibiotiques et à prendre des mesures pour le contrer.
Prendre des antibiotiques lorsqu’ils ne sont pas nécessaires, ne pas terminer les traitements et l’administration massive d’antibiotiques aux animaux d’élevages de manière préventive et pour la croissance constituent autant de pratiques qui aident les bactéries à se renforcer, selon les autorités.
Un autre facteur joue en faveur des germes, informe l’OMS, les compagnies pharmaceutiques font peu de recherche pour développer de nouveaux remèdes aux infections comparativement à d’autres maladies.
Surveillance au Canada
Le Canada est sur un pied d’alerte. «La résistance aux antimicrobiens (RAM) continue d’être un problème de santé publique grave tant au Canada qu’à l’étranger. Des infections courantes et traitables pourraient redevenir des infections mortelles», met en garde l’Agence de santé publique du Canada dans son Rapport 2016 «Système de surveillance canadien de la résistance aux antimicrobiens» déposé cet automne. «La résistance aux antimicrobiens porte un coup sérieux à notre capacité de combattre les maladies infectieuses, ce qui entraîne un nombre accru d’hospitalisations et des séjours hospitaliers prolongés. Par conséquent, il en résulte une augmentation non seulement des coûts des soins de santé, mais aussi des coûts pour la société (p. ex. hausse d’absences du travail, nombre accru de demandes de prestations d’invalidité et baisse de productivité)», fait part le rapport. «À l’échelle mondiale, des bactéries comme Staphylococcus aureus, Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae démontrent des taux de résistance déclarés entre 5 % et 80 % pour les souches testées», y lit-on aussi.
Touché par E. Coli BLSE
Des gens de tout âge et de tous les pays peuvent être victimes d’une super bactérie, selon les autorités de santé publique. L’auteur de ces lignes en témoigne. J’ai 54 ans, je fais de l’exercice, je mange beaucoup de fruits et de légumes et j’ai commencé à faire une infection urinaire dans la nuit du vendredi 11 novembre. Mon médecin de famille vu en après-midi m’a prescrit du «cipro», antibiotique usuel pour soigner une cystite, et a commandé des analyses d’urine à l’hôpital Anna-Laberge pour identifier le germe en cause et «changer la médication si nécessaire».
Grelottements, douleurs partout, fièvre, mon état ne s’est guère amélioré durant la fin de semaine. Je me suis rendu aux urgences de l’hôpital le lundi après le souper. Fièvre à 104 degrés, envies d’uriner impossibles à soulager, douleur, j’ai été gardé en observation le temps d’identifier l’ennemi au moyen d’une culture d’urine. Le diagnostic est tombé le mardi matin : infection urinaire causée par une bactérie E. Coli productrice de BLSE. Un microbe qui résiste aux antibiotiques habituels comme le «cipro». J’ai été placé en isolement dans la salle d’observation de l’urgence. Ce qui donne un petit choc sur le moral. J’ai été référé à une microbiologiste qui a prescrit un traitement à l’Ertapenem. Un remède efficace contre l’ennemi identifié à administrer dans les veines.
Perfusions à la maison
On ne garde plus les malades à l’hôpital pour ce type de soin. «Une infirmière va vous montrer comment faire le traitement à la maison», m’a avisé la microbiologiste. L’infirmière de liaison m’a donc donné un cours 101 de perfusion. On m’a installé un cathéter avec un tuyau de plastique muni d’une ouverture avec un système de vis auquel s’adaptent des seringues et le médicament à injecter. Je dois faire ça une fois par jour. Aller au CLSC changer le cathéter aux trois jours. C’est un peu plus compliqué que d’ouvrir le robinet, remplir un verre d’eau et avaler un comprimé.

155 $ par jour
Le traitement de la super E. Coli est aussi plus dispendieux que le spécimen normal. La dose quotidienne d’Ertapenem coûte 138 $. Montant auquel s’ajoutent 16 $ pour l’entretien du cathéter avec de l’eau salée. Pour un total de 155 $ par jour. Au moment d’écrire ces lignes, dimanche, j’en étais à neuf jours de traitement. Une partie de la facture est évidemment assumée par un assureur.
En voie de guérison
L’offensive à l’Ertapenem semble bien fonctionner. Les symptômes sont presque disparus en ce dimanche.
Questions fréquentes
Est-ce que la bactérie était dans l’eau de Châteauguay ?
Non, aucun rapport, m’ont assuré les médecins.
Est-ce que c’est contagieux ?
La bactérie est présente seulement dans l’urine. Une bonne hygiène évite la propagation.
Comment j’ai attrapé ça ?
Aucune idée. C’est sous investigation. Je vais être suivi.
E. Coli
La bactérie E. Coli se retrouve naturellement dans le système digestif des humains et des animaux. Elle cause des ennuis de santé lorsqu’elle se loge et se multiplie à d’autres endroits.
