Depuis l’âge de 13 ans, Cloé Beaudoin vit avec le diabète de type 1. Il y a deux ans sa santé s’est dégradée au point où elle avait besoin d’un don de rein. Son père Michel Beaudoin a accepté sans hésiter. Plus qu’un organe, il lui a redonné la force d’une vie meilleure le 24 février dernier.
L’espérance de vie de la jeune mère de deux enfants avait grandement diminué. Les médecins avaient évoqué deux ou trois ans de vie puisque ses reins fonctionnaient à 6%.
«En premier, j’étais dans le néant et le déni, a mentionné la femme de 31 ans originaire de Mercier. J’avais de la misère à croire ce qui se passait. Mais quand la date de la greffe est arrivée, j’étais plus consciente. Je n’avais plus d’énergie. Dans les semaines avant, je voyais que je n’allais pas du bon bord.»
Malgré tout, elle ne s’était pas emballée, un an plus tôt, lorsque son père lui avait offert son rein. Elle avait peur que l’opération ait un impact négatif sur la santé de Michel.
Son beau-frère s’était aussi montré volontaire, mais des soucis de santé ont fait en sorte qu’il a été écarté de la liste des donneurs potentiels.
Le Mercierois est rapidement redevenu la priorité et il s’est prêté aux différents tests médicaux. Les médecins ont pu lui dresser un bilan de santé complet. Ils lui ont découvert une tumeur stromale gastro-intestinale. Cette condition n’empêchait le don d’organe.
«Le docteur m’a dit que j’avais sauvé ma fille et que ma fille m’avait sauvé», a dit l’homme de 64 ans.

Cloé et Michel Beaudoin lors des noces de sa fille. (Photo : gracieuseté)
Un long processus
Bien que la compatibilité père-fille était encourageante, plusieurs examens approfondis ont été requis pour mener à la transplantation de l’organe.
«Ç’a été toute une expérience. C’est fou braque par où on est passé.» – Michel Beaudoin
Michel a dû se soumettre à des prises de sang (parfois jusqu’à 15 fioles), a testé ses capacités de récupération après l’effort, et a effectué de nombreux autres tests pendant un an.
«Mes reins fonctionnaient toujours à 90%, ce qui est exceptionnel», a-t-il indiqué.
De son côté, Cloé devait se soumettre à quatre séances de dialyse par semaine à Châteauguay.
L’opération a eu lieu au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).
Deux heures trente ont été nécessaires pour prendre le rein à Michel. Puis sa fille est passée sous le bistouri. «J’ai pu voir le rein de mon père avant la greffe, a expliqué Cloé. C’est tout petit. De le voir m’a aidé à prendre conscience de tout. J’étais bien ensuite et pas stressée.»
La greffe, d’une durée de plus de trois heures, a été un succès instantané. Le rein a bien réagi et déjà, la jeune trentenaire se sent bien.

Michel Beaudoin en compagnie du Dr Jacques Malaise qui a procédé à l’opération. (Photo : gracieuseté)
Garder le focus
Deux mois plus tard, Michel a repris le travail. Il a également recommencé ses activités de pickleball. L’eau a eu un goût de fer un certain temps. L’envie d’uriner est plus fréquente puisque son unique rein travaille pour deux. Il se dit aussi plus fatigué à la fin d’une journée.
Mais sa fille peut prolonger sa vie. Cloé est toujours dans ses émotions et certains flashs de l’opération lui reviennent. Dont une grand-mère décédée, à qui elle a rêvé durant l’intervention, et qui lui répétait que ce n’était pas «son temps» pour venir la rejoindre.
Les suivis médicaux sont toujours nombreux à son horaire. Un stress l’accompagne puisqu’elle espère que tout soit toujours correct.
Mais les deux revivraient la même aventure de vie.
«Il ne faut pas désespérer, a répété Cloé. J’ai eu de la chance d’avoir quelqu’un qui s’est offert. Tout le long, j’avais un objectif pour me motiver. C’était mes enfants. Je n’avais pas le choix de donner tout ce que je pouvais.»
