Des employés de l’école Saint-Jean-Baptiste à Châteauguay ont trouvé, cet automne, un avertissement sur le pare-brise de leurs voitures garées dans les rues avoisinantes de l’établissement.
L’avis les informait que le règlement de la Ville interdisant de stationner plus de deux heures dans une rue d’une manière à «produire des inconvénients» ou «être nuisible» serait dorénavant appliqué.
Les principaux intéressés et la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries dénoncent la mesure. La Ville la justifie en invoquant la sécurité.

Peu de parking
Bien qu’adopté à l’unanimité par le conseil municipal de Châteauguay en mars 2015, le règlement «deux heures» n’était pas appliqué, du moins dans le secteur de l’école Saint-Jean-Baptiste, selon une employée visée par un avis. «Où on va mettre nos voitures ?» demande Béatrice*. L’école n’a pas de stationnement aménagé pour son personnel. Les employés n’ont pas le choix de se garer dans les rues autour, souligne-t-elle.
Béatrice fait valoir que la majorité des employés n’ont pas d’autres moyens de se rendre au travail que l’automobile . «Il y a des gens de Saint-Rémi, LaSalle, Mercier et Sainte-Martine qui travaillent à l’école. Il n’y a pas de service de transport en commun pour les accommoder. Aussi, plusieurs doivent aller conduire leurs enfants à la garderie avant de se rendre à l’école», expose-t-elle.
À la suite de la distribution des avis, des employés ont stationné dans la cour d’école pour éviter une contravention. La Commission scolaire des Grandes-Seigneuries les a invités à se garer dans la rue, quitte à payer leurs contraventions le cas échéant.
La vocation de la cour d’école, c’est de faire bouger les enfants, il n’est pas question de la convertir en parking, a laissé entendre Marie-Louise Kerneïs, présidente de la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries. Elle a confirmé que l’organisation payerait les constats délivrés aux employés de l’école si constats il y a. «On va assumer notre rôle d’employeur. Le stationnement n’est payant dans aucune de nos écoles», a-t-elle justifié.
«Va-t-on laisser les enfants seuls en classe pour changer les autos de place ?» – Marie-Louise Kerneïs
Plainte de voisins
Selon Mme Kerneïs, la problématique du stationnement dans la rue touche plusieurs écoles à Châteauguay, qui ne disposent pas d’une aire asphaltée suffisante pour accueillir les véhicules de tous leurs employés.
La présidente de la commission scolaire approuve l’objectif de la Ville d’éviter des situations dangereuses où des voitures stationnées des deux côtés d’une rue pourraient empêcher la circulation de véhicules d’urgence, par exemple. «Il y a des choses à voir du côté de la sécurité civile, je suis d’accord», exprime-t-elle.
À ses yeux, cependant, le règlement n’est pas adéquat et son application sur la foi de plaintes ne tient pas la route. «Le vivre ensemble, dans ce règlement-là, on en fait pas beaucoup de cas à mon avis», considère Marie-Louise Kerneïs. Elle relate qu’une employée a reçu un avertissement sur sa voiture stationnée rue Laramée, devant un terrain vacant. «Personne n’habite-là. C’est un cul-de-sac. Faut le faire ! Quelle sécurité est en jeu ? L’application du règlement est aléatoire», reproche-t-elle.
Elle déplore que des citoyens se plaignent simplement parce qu’ils ne veulent pas d’autos devant chez eux. «Ils n’ont pas payé la rue !» lance Mme Kerneïs.
Pas de nouveaux parkings
La Commisssion scolaire n’a pas l’intention d’aménager de nouveaux stationnements. «Je ne pense pas que faire des stationnements c’est prioritaire», dit Marie-Louise Kerneïs. Elle souligne que les parkings génèrent des îlots de chaleur, qui constituent également un enjeu de santé publique.
Pas de signalisation
Aussi, Marie-Louise Kerneïs et des employés d’écoles déplorent qu’aucun panneau n’indique l’interdiction de stationner plus de deux heures en cas de nuisance dans les rues de Châteauguay. «C’est clairement une lacune. Je comprends que nul n’est censé ignorer la loi mais il y a des limites à connaître tous ces règlements-là», affirme-t-elle.
Béatrice abonde dans le même sens. «Où l’on stationne, il n’y a pas de panneau d’interdiction de stationner. Ils devraient au moins en mettre aux entrées de la ville», suggère-t-elle.
Vignettes
Béatrice suggère d’offrir aux employés des écoles une vignette à apposer sur leurs véhicules qui leur permettrait de stationner dans la rue plus de deux heures.
«Pénaliser les travailleurs, est-ce une bonne idée ?» conclut Marie-Louise Kerneïs.
Police discrète
Contactée pour en savoir plus sur l’application du règlement, la police de Châteauguay a référé le journal au Service des communications de la Ville.
Pour la sécurité, justifie la Ville
«Ce règlement est entré en vigueur en 2015, car certaines rues se trouvaient complètement encombrées par les voitures stationnées des deux côtés de la chaussée», fait part Marie-Claude Tremblay, directrice des communications de la Ville de Châteauguay. Les véhicules d’urgence, les autobus scolaires, les camions de collecte et de livraison pouvaient difficilement y circuler et dans certains cas, cela pouvait même représenter un danger pour ceux qui tentaient d’emprunter ces rues.»
Le stationnement prolongé peut aussi causer des enjeux de sécurité pour les résidents des rues concernées, fait valoir la porte-parole. «Les problématiques observées se retrouvent un peu partout, particulièrement aux abords des corridors de transport en commun, des institutions de santé (CLSC) et des écoles», détaille-t-elle.
Mme Tremblay précise : «L’application du règlement ne se fait qu’en cas de nuisance ou d’abus rapportés (plaintes). Par abus, on entend toute situation qui pourrait empêcher une circulation sécuritaire des véhicules devant emprunter les rues concernées».
Concernant la signalisation, la porte-parole indique : «On m’a confirmé qu’il y avait des panneaux indiquant l’interdiction».
La partie du règlement concerné
«Sauf en cas de nécessité ou lorsqu’une disposition du présent règlement ou du code le permet, nul ne peut immobiliser un véhicule automobile ou routier aux endroits suivants :
- dans une rue pendant plus de 24 heures consécutives;
- dans une rue, du lundi au vendredi, entre 8 h et 18 h, pendant plus de 2 heures d’une manière qui constitue un abus susceptible de produire des inconvénients sérieux ou d’être nuisible, soit à la santé publique, soit au bien être de la communauté; »
(Source : Ville de Châteauguay)
Décision unanime
Les élus en poste au conseil de Châteauguay ont adopté à l’unanimité, en mars 2015, la modification au règlement pour interdire le stationnement de plus de deux heures dans les rues de la municipalité durant le jour en semaine, soit Barry Doyle, Pierre Gloutnay, Michel Pinard, Lucie Laberge, Marcel Deschamps, Mike Gendron, Marie-France Reid et Alain Côté. Lesquels, à l’exception de Pierre Gloutnay, briguent les suffrages dans les deux partis en lice aux élections de dimanche.
