Un nouvel hôpital peut être une excellente nouvelle. Mais si nous devons vider ailleurs pour le faire fonctionner, nous n’aurons pas réglé le problème. Nous aurons simplement déplacé la pénurie.

À l’approche des élections provinciales, c’est cette question que nous voulons poser aux candidates et candidats de notre région : comment allons-nous réellement augmenter notre capacité de soigner la population, plutôt que redistribuer des ressources déjà insuffisantes?

Les installations hospitalières de Valleyfield, de Châteauguay et d’Ormstown sont déjà fortement sollicitées. Nos CHSLD, nos urgences, nos services hospitaliers et notre première ligne ont eux aussi besoin de ressources.

Pendant ce temps, le futur hôpital de Vaudreuil-Soulanges devra être doté d’équipes complètes.

Le défi est donc évident : il faudra recruter de nouveaux médecins, infirmières et autres professionnels de la santé, tout en maintenant des services solides dans les installations déjà en place.

Le succès ne sera pas d’ouvrir un nouvel hôpital. Le succès sera d’augmenter réellement la capacité de soins de toute la région.

Une première ligne déjà insuffisante

Près de 80 000 personnes de notre territoire sont suivies par un médecin de famille pratiquant à l’extérieur de la région.

Ce chiffre devrait nous interpeller.

Il signifie que des milliers de citoyens doivent se déplacer pour recevoir des soins de proximité et que notre région demeure largement dépendante des capacités médicales d’autres territoires.

Nous avons la chance de compter plusieurs jeunes médecins de famille. C’est une force.

Mais ils ne sont pas assez nombreux pour répondre à tous les besoins actuels et futurs.

Et la situation provinciale risque de rendre le recrutement encore plus difficile.

Au Québec, 21 % des médecins de famille ont plus de 60 ans. De nombreux départs à la retraite sont donc prévisibles au cours des prochaines années.

Au même moment, 100 des 554 postes de résidence en médecine familiale sont demeurés vacants en 2026.

Le constat est préoccupant : alors que plusieurs régions auront besoin de davantage de médecins, la relève en médecine familiale demeure insuffisante.

La compétition entre les régions pour recruter va donc s’intensifier.

Notre région doit s’y préparer maintenant.

La population voit déjà la pénurie

Un récent sondage Léger indique que plus de 80 % des Québécois considèrent que l’augmentation du nombre de médecins de famille constitue une priorité.

Ce message mérite d’être entendu.

Au cours des dernières années, nous avons souvent expliqué les difficultés d’accès principalement par des problèmes d’organisation.

Oui, l’organisation des soins doit évoluer.

Oui, les équipes interdisciplinaires doivent être renforcées.

Oui, les infirmières, pharmaciens, travailleurs sociaux et autres professionnels doivent pouvoir exercer pleinement leur rôle.

Mais il faut aussi reconnaître une évidence : on ne peut pas organiser des ressources qui n’existent pas. Aucune réforme administrative ne pourra remplacer les médecins et les professionnels qui manquent.

Soigner davantage de patients près de chez eux

Notre dépendance envers l’extérieur ne touche pas seulement la médecine familiale.

Encore aujourd’hui, plusieurs citoyens doivent se déplacer vers d’autres régions du Québec, et parfois même vers l’Ontario, pour obtenir certaines consultations, certains examens ou certains traitements spécialisés.

Ces déplacements sont particulièrement difficiles pour les personnes âgées, vulnérables ou atteintes de maladies complexes.

À cela s’ajoutent les délais pour certaines consultations spécialisées.

Lorsqu’un diagnostic ou un traitement dépend d’une consultation qui tarde plusieurs mois, le délai n’est plus seulement un problème administratif : il peut devenir un problème de soins.

Le développement du nouvel hôpital de Vaudreuil-Soulanges doit donc être l’occasion de réfléchir à toute notre capacité régionale : médecine familiale, soins hospitaliers, médecine spécialisée et services de proximité.

Notre ambition devrait être simple : permettre à davantage de citoyens d’être évalués, traités et suivis près de chez eux.

Redonner aux régions la capacité d’agir

Il existe enfin un autre obstacle dont on parle moins : la centralisation des décisions.

Depuis plusieurs années, notre réseau de santé s’est progressivement centralisé.

Et depuis la mise en place de Santé Québec, les messages que nous recevons du terrain sont préoccupants : il devient de plus en plus difficile d’imaginer, de développer et surtout de faire accepter des solutions locales adaptées aux réalités de chaque milieu.

Cette impression mérite d’être prise au sérieux. Lorsqu’une organisation devient trop centralisée, le risque est que les initiatives locales soient ralenties, standardisées ou abandonnées avant même d’avoir pu démontrer leur efficacité.

Pourtant, les besoins de Vaudreuil-Soulanges, du Suroît, de Jardins-Roussillon et du Haut-Saint-Laurent ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux des autres régions du Québec.

Une solution décidée pour tout le Québec n’est pas automatiquement la meilleure solution pour chaque territoire.

Le ministère doit fixer les grandes orientations, les objectifs et les standards attendus.

Mais les régions doivent disposer d’une véritable autonomie pour déterminer comment atteindre ces objectifs.

Les médecins, les professionnels, les gestionnaires ainsi que les élus municipaux, provinciaux et fédéraux de notre région connaissent les réalités de leur population. Ils doivent pouvoir contribuer au développement des solutions et participer aux décisions qui influencent directement l’organisation des soins.

À l’approche des élections provinciales, nous souhaitons donc entendre les candidates et candidats sur quelques questions simples.

Comment allons-nous recruter les équipes nécessaires?

Comment éviterons-nous de déplacer la pénurie d’une installation à l’autre?

Comment augmenterons-nous le nombre de médecins de famille?

Comment offrirons-nous davantage de soins spécialisés dans notre région?

Et sommes-nous prêts à redonner aux régions les moyens de trouver leurs propres solutions?

Ce sont des questions qui dépasseront le prochain mandat électoral.

Mais les décisions doivent être prises maintenant.

Notre région n’a pas seulement besoin de nouvelles infrastructures. Elle a besoin de davantage de professionnels, de davantage de soins de proximité et de la capacité d’organiser ses services en fonction de sa propre réalité.

C’est sur ces engagements que les citoyens devraient pouvoir juger les candidats au cours de la prochaine campagne électorale.

Dr Sylvain Dufresne
Président
Association des médecins omnipraticiens du Sud-Ouest