Voilà maintenant un mois et demi que la fréquence de la collecte du recyclage est aux deux semaines sur le territoire de la MRC de Roussillon. Pour de nombreux citoyens, ce changement d’habitude s’avère un véritable casse-tête puisque le bac déborde et certains confient maintenant jeter des matières recyclables aux ordures.
«Je me retrouve dans l’obligation de jeter ou même de brûler du carton et du papier faute d’espace de stockage suffisant, témoigne Patrick Massé, résident de La Prairie. Une telle situation est, à mon avis, illogique et contraire aux principes de protection de l’environnement que nous sommes encouragés à respecter.»
À la suite d’un appel à tous sur notre plateforme Ma vie Ma région, Gravité Média a reçu une quarantaine de courriels de citoyens disant vivre des enjeux avec la nouvelle fréquence de la collecte. Près de la moitié d’entre eux ont confié, comme M. Massé, mettre des matières recyclables dans les poubelles. Plusieurs soulignent que leur bac était déjà plein lorsque la collecte était effectuée chaque semaine.
«C’est un problème pour notre famille de quatre. Il se remplit après quatre ou cinq jours seulement la plupart du temps. Nous sommes chanceux. Nous avons un garage pour y laisser l’excédent de recyclage, mais ce n’est pas tout le monde qui a la place pour le stocker ailleurs», mentionne Pascale Piché, précisant que le surplus stocké ailleurs remplit rapidement le bac qui vient juste d’être ramassé.
Valérie Ricard, de Saint-Constant, est aussi d’avis que le recyclage aux deux semaines complique la vie des familles.
« Même si ma famille et moi faisons des efforts pour limiter l’achat de produits emballés, en réalité, tout est emballé, dit-elle. Des céréales aux cartons de lait, en passant par la viande et certains fruits et légumes. Même en achetant en vrac, on ne peut pas éviter l’achat de produits emballés.»
Valérie Ricard
Elle aussi a dû entreposer des matières recyclables dans son cabanon, puisque son bac déborde.
Une question d’optimisation
Cette décision d’espacer les collectes de matières recyclables n’a pas été prise par les municipalités ou la MRC; elle découle d’une directive provinciale. Depuis le 1er janvier 2025, c’est l’organisme Éco Entreprises Québec (Bac Impact) qui est responsable de la collecte sélective au Québec. C’est d’ailleurs cet organisme qui a simplifié le type de matières acceptées dans le bac : tout ce qui est emballages, contenants et imprimés est désormais accepté. Il est aussi responsable d’uniformiser la fréquence des collectes dans la province.
Tout juste avant l’implantation de la nouvelle fréquence de collecte, la Ville de Châteauguay, qui fait partie des 11 villes qui composent la MRC de Roussillon, a fait part à Bac Impact de ses craintes sur l’engagement des citoyens envers le recyclage avec cette nouvelle formule. Elle a demandé à l’organisme «d’analyser et de suivre l’évolution de la participation citoyenne au recyclage, et de s’ajuster en conséquence, afin que le passage à une collecte aux deux semaines ne compromette les progrès réalisés depuis plusieurs années par nos citoyens».
«C’est un changement pour plus d’efficacité qui fonctionne parce que les bacs roulants sont suffisants pour la grande majorité des foyers. Ça permet d’optimiser le système, puis de réduire les émissions de gaz à effet de serre également»
Anne-Julie Maltais, directrice principale des communications chez Éco Entreprises Québec.
Mme Maltais mentionne que les échos qu’elle a sur le terrain sont que ça fonctionne bien dans d’autres régions où la collecte a été espacée, et ce même si davantage de matières sont acceptées dans le bac. Elle souligne qu’il est normal d’avoir une période d’adaptation.
En transition
La MRC de Roussillon indique avoir traité environ 500 appels liés au changement de fréquence avant les Fêtes et la majorité concernait une demande de bac supplémentaire. «Pour un territoire aussi vaste qui dessert 70 000 adresses, la transition se déroule bien, somme toute», mentionne Anne-Louise Milot, directrice des communications à la MRC.
D’ailleurs, parmi les commentaires que nous avons reçus, quelques-uns étaient positifs.
«Tout se passe bien, et ce même avec le temps des Fêtes. Oui le bac est un peu plus plein. Comme avec le bac des poubelles, mais ça va », exprime le Châteauguois Alexandre Lussier, qui vit avec sa conjointe et ses trois enfants d’âge primaire.
«Ici c’est bien, on s’adapte au changement. On achète en gros et on commande moins en ligne. On défait, on coupe nos cartons, écrit Geneviève Germain-LeBrasseur. Je pense que si les gens qui sont 2-4 personnes ont du mal avec un bac, peut-être ça devrait les faire réfléchir sur leur surconsommation ou le suremballage acheté intelligemment.»
Il est possible de faire une demande pour un deuxième bac à la MRC en la contactant par téléphone, mais il y a certains critères à respecter pour en obtenir un, précise Mme Milot.
Questionnée à savoir si la MRC remarque davantage de matières recyclables dans les ordures depuis l’espacement du recyclage, Mme Milot explique que le contenu des déchets n’est pas validé. Cependant, elle confirme que le tonnage de déchets n’a pas augmenté en décembre 2025 par rapport à décembre 2024. Au contraire, il a diminué, indique-t-elle.
Un des enjeux demeure, ce qu’elle appelle la contamination dans le bac bleu, c’est-à-dire, le dépôt de matières qui ne va pas au recyclage dans ce bac. Stores, matelas gonflables, écran d’ordinateur, meubles sont des exemples repérés récemment. Cette situation n’a pas changé depuis le 1er décembre.

Quoi faire pour faire de l’espace dans le bac ?
- Pour aider les citoyens à faire davantage de place dans le bac bleu, la MRC y va de quelques conseils. Premièrement, tout citoyen qui a encore un couvercle double est invité à le faire remplacer gratuitement par un couvercle sans séparateur. Il est possible d’en faire la demande sur info-collectes.ca. La MRC en a remplacé plus de 6 000 dans les derniers mois.
- Ne mettre que les contenants, emballages et imprimés dans le bac. Les souillés peuvent aussi être déposés dans le bac brun.
- Écraser, plier ou découper les boites de carton et participer aux collectes spéciales de surplus de carton.
- Participer à la consigne élargie, qui accepte les canettes et tous les contenants de boisson prête à boire de plastique de 100 ml à 2 l. Pour l’instant, dans la MRC de Roussillon, le seul point de service Consignaction est situé à La Prairie. Des succursales sont prévues à Candiac, Saint-Constant et Châteauguay, mais aucun détail n’est diffusé sur leur date d’ouverture.
- Réduire à la source en choisissant des produits avec moins d’emballage

