Le 17 mars aura lieu la présentation du troisième budget du gouvernement Couillard. Après deux années de rudes compressions et de réductions draconiennes des dépenses, le gouvernement prévoit déposer un budget équilibré, mais sans surplus.
D’emblée, le ministre des Finances, Carlos Leitão, prévient que son gouvernement n’aura pas la marge de manœuvre financière pour réinvestir dans les services publics. Encore une fois, le gouvernement mettra tout sur la colonne des dépenses, sans se soucier de la colonne des revenus, de sorte que la population, qui a été constamment la cible des politiques d’austérité, continuera d’en subir les effets dévastateurs. Non seulement cela illustre de façon flagrante l’échec de la stratégie libérale en matière de finances publiques, mais cela montre également une incompréhension des besoins des Québécoises et des Québécois en matière de soins de santé, d’éducation ou de programmes sociaux.
Dans le cadre des présentes consultations prébudgétaires, le ministre des Finances affirme que la situation des finances publiques nous redonne «la capacité de faire des choix, pour développer des politiques sociales, familiales, économiques et environnementales qui répondent aux priorités et aux besoins des Québécois». Tandis que le gouvernement annonce son intention de répartir les surplus en parts égales entre le paiement de la dette et la réduction des impôts des particuliers, nous sommes plutôt d’avis qu’il est grand temps de réinvestir dans nos services publics. De surcroît, nous sommes convaincues que le Québec dispose de toute la marge de manœuvre nécessaire pour générer de nouveaux revenus.
Il serait possible, par exemple, de réinstaurer une taxe sur le capital des institutions financières. Même si certains paramètres des contributions fiscales des banques et des autres institutions financières ont été légèrement revus à la hausse, nous estimons que ces entreprises sont aujourd’hui en mesure de contribuer davantage au bien commun. Elles ont notamment profité des généreuses baisses d’impôt consenties par le gouvernement fédéral. Le Québec devrait aussi récupérer cet espace fiscal.
L’évitement fiscal et le recours aux paradis fiscaux ont fait les manchettes à de multiples reprises dans la dernière année. Le ministre des Finances doit attaquer de front ces questions et annoncer des actions pour intensifier la lutte contre ces stratagèmes. Si les contribuables les plus riches et les grandes entreprises payaient leur juste part, l’État disposerait de plus d’un milliard $ supplémentaires à investir dans l’éducation, la santé et les programmes sociaux. Le gouvernement pourrait également baisser de plus de 1 milliard $ chaque année d’ici 2020. les versements au Fonds des générations et tout de même atteindre les objectifs de réduction de la dette. En outre, en instaurant un régime entièrement public et universel d’assurance médicaments et en mettant fin à la sous-traitance dans la fonction publique, le gouvernement pourrait réinvestir plus de 1 milliard dans les services à la population. Et c’est sans parler de l’inaction de Québec face au déséquilibre fiscal, qui nous prive chaque année de plusieurs centaines de millions de dollars.
Nous partageons l’avis du ministre: ce budget sera en effet l’occasion de faire des choix importants. Les solutions ne manquent pas; c’est plutôt la volonté politique qui fait défaut. C’est pourquoi nous enjoignons M. Leitão à sortir des sentiers battus et à mettre en place des mesures du 21e siècle – progressistes, écologiques et audacieuses -, afin de mieux financer nos services publics.
Pour le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP)
Louise Chabot, présidente
Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Lucie Martineau, présidente
Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ)
Carolle Dubé, présidente
Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
