La compagnie Logiag, de Châteauguay, fait partie des 39 gagnants régionaux des Prix Desjardins Entrepreneurs 2016 décernés par le mouvement coopératif.
Fondée en 1999 par les frères Charles et Jacques Nault, l’un ingénieur et l’autre agronome, la firme a mis au point un système au laser pour effectuer des analyses de sol. Les données produites permettent aux clients agriculteurs et agronomes de Logiag d’améliorer l’efficacité de la fertilisation des terres et, ultimement, d’augmenter le rendement des cultures. Le prix Desjardins Innovation et productivité, volet petite entreprise, de la région «ouest du Québec et Ontario», lui a été attribué pour cette nouvelle approche.
«Grâce à ses outils à la fine pointe de la technologie, Logiag accompagne les agriculteurs dans leur plan agroenvironnemental de fertilisation, permet de regrouper leurs données dans un registre électronique et de dresser leur bilan de phosphore», fait part Desjardins dans sa présentation du lauréat sur internet.
«Très, très productifs»
Que représente ce prix pour Logiag ? «Quelqu’un reconnait le développement qu’on a fait, le modèle d’affaire particulier qu’on a réussi à développer», apprécie Jacques Nault, vice-président agronomie de la firme. Sur le trophée de Desjardins trônant sur son bureau, il a indiqué aimer particulièrement le mot «productivité». «Avec une petite équipe, on sert un très grand nombre d’agriculteurs. C’est absolument unique. On est très, très productifs par rapport à notre industrie», mentionne-t-il.
Composée principalement d’ingénieurs, d’informaticiens et d’agronomes, l’équipe d’une trentaine d’employés de Logiag dessert environ 4000 agriculteurs au Québec de manière directe et indirecte.
Desjardins dévoilera les gagnants nationaux de son concours à un gala au Musée national des beaux-arts du Québec le jeudi 17 novembre.
Résoudre l’énigme du plasma
Un système au laser qui identifie les éléments présents dans le sol et également leur teneur constitue le cœur de Logiag. L’entreprise l’a développé avec le Conseil national de recherches du Canada basé à Boucherville. «C’est une réussite scientifique incroyable. Les gens n’en reviennent juste pas qu’on ait réussi à faire ça !» lance Jacques Nault. «Ça», c’est la capacité de déterminer la quantité d’une matière révélée par la «spectroscopie sur plasma induit par laser» ou «Libs».
M. Nault explique : «C’est un laser haute intensité qui tire sur un matériel. Ça crée une intense chaleur. C’est 20 000 degrés Celsius, la température du Soleil. Le matériel devient alors ionisé, il devient un plasma, qui est comme le 4e état de la matière. Il y a solide, liquide, gaz puis plasma. Quand on coupe le laser, ça refroidit. Les électrons reviennent dans leur orbite. Ils réémettent l’énergie absorbée sous forme de photons. Les photons, c’est de la lumière. Nous, on intercepte les photons. Chaque photon, chaque longueur d’onde de lumière est spécifique à un élément du tableau périodique. Donc, on décortique la lumière comme un arc-en-ciel et on est capable de déterminer la composition précise du matériel qu’on analyse».
Courante dans les industries minière, métallurgique et pharmaceutique, la technologie ne répondait pas aux besoins de l’agriculture parce qu’elle indiquait les éléments présents mais pas leur quantité. «Nous autres, dans le sol, il fallait non seulement déterminer ce qu’il y avait là mais déterminer ce qui était disponible pour les plantes. Ce n’est pas la même chose. Ça nous prenait une façon de quantifier les raies qu’on voyait. Le bleu que l’on voyait, qui était du phosphore, il fallait déterminer combien de ce phosphore-là était disponible à la culture», expose Jacques Nault.
Avec le CNRC, Logiag a réussi à mettre au point une méthode pour connaître les quantités de chaque élément d’une matière soumise au laser. Ce, en comparant les spectres de milliers d’échantillons aux résultats d’analyses chimiques.
«De 2012 à 2016, on n’a pas cessé d’adapter ou d’améliorer cette technologie, et de l’adapter au domaine agricole. Ce qui fait en sorte qu’aujourd’hui, on est capable de prédire correctement, avec précision, les concentrations d’éléments nutritifs qu’il y a dans un sol», explique Charles Nault, pdg de Logiag, dans une vidéo diffusée sur le site internet de Desjardins.
Comment ça marche
Des gens prélèvent des échantillons de terre à des endroits précis dans un champ. La localisation de chaque échantillon est enregistrée avec un téléphone intelligent. Les petits contenants de terre étiquetés sont envoyés par la poste à Boucherville où se trouve l’appareil au laser. Celui-ci fournit la composition de chaque échantillon. Les données rassemblées fournissent un portrait de la composition de la terre. Elles servent à la préparation d’un plan de fertilisation et autres interventions pertinentes. Toutes les données, une quantité industrielle, sont stockées sur des serveurs d’OVH à Beauharnois et constituent une mine d’information pouvant être exploitées dans toutes sortes de domaines.
Aider l’Afrique
Parce qu’il revient beaucoup moins cher et qu’il est plus simple d’utilisation que l’analyse chimique de sol en laboratoire, selon Jacques Nault, le système développé par Logiag intéresse maintenant plusieurs entreprises à travers le monde. La firme est engagée dans un processus pour vendre éventuellement sa machine aux États-Unis, en Europe et en Afrique. À cet effet, elle est en quête d’une certification ISO 17025. «Ce qui me rend fier, c’est la démocratisation de l’analyse des sols que nous réalisons. Des pays d’Afrique qui n’ont pas les moyens de faire faire des analyses chimiques vont y avoir accès grâce à notre outil», se réjouit l’agronome.
