En réponse à la lettre de Sylvie Dufresne, médecin, publiée le 4 mai 2016.

C’est une rumeur persistante chez une majorité de travailleurs du Québec que nos médecins généralistes ont des «revenus excessifs» et nos spécialistes des «revenus disproportionnés», et cela semble motivé par quelques bonnes raisons: leurs études ne leur ont pas coûté cher comparé aux autres provinces; le coût de la vie au Québec est moindre que dans la majorité des autre provinces; la santé est un monopole jalousement conservé par les médecins qui sont très réticents à le partager avec les super infirmiers et les pharmaciens, et qui ne veulent surtout pas le perdre pour les mêmes raisons qu’Hydro et la SAQ. À ce titre, citons en exemple les médecins diplômés de Paris, Londres, Pékin, Rome, La Havane, etc. qui ne sont pas autorisés d’office à exercer au Québec à cause d’un contingentement monopolistique pour maintenir la rareté du service et les salaires élevés. Est-ce une légende urbaine ou la triste réalité?

J’ai fait carrière en éducation et je peux vous affirmer que mes premières années de travail se chiffraient à plus ou moins 10-12 heures par jour. Puis cela s’est stabilisé entre plus ou moins 35 et 45 heures par semaine avec un salaire de beaucoup inférieur aux médecins généralistes, mais avec les avantages sociaux. Cela a été mon choix et j’en ai toujours été satisfait et heureux.

Quant au revenu brut de 400 000$ et plus des médecins spécialistes, je ne crois pas qu’ils soient les plus à plaindre au Québec. Si on enlève plus ou moins 90 000$ de frais de gestion annuels, il reste plus ou moins 300 000$ de revenu imposable et donc plus ou moins 150 000$ net pour payer épicerie, REER, vacances, auto et hypothèque. Plus ou moins 150 000$ net, c’est plus ou moins 3000$ par semaine net. On s’entend que ces médecins ne sont pas les plus défavorisés au Québec quand on sait que le salaire minimum en 2016 est à 10,75$ l’heure, soit plus ou moins 22 360$ brut par année.

La comparaison des salaires avec d’autres catégories de personne ne tient pas la route: les PDG à 10 M$ par année œuvrent au privé et le consommateur n’est pas obligé d’acheter leurs produits ou services pour payer leur salaire; les députés à 125 000$ et les ministres à 150 000$ sont au travail 6-7 jours par semaine, en plus de plusieurs soirées, ce n’est pas trop cher payé s’il n’y pas de collusion ni de corruption à l’horizon; les avocats, dentistes, pharmaciens, journalistes, animateurs et sportifs œuvrent entièrement ou majoritairement au privé et le consommateur peut négocier, aller ailleurs ou ne pas consommer.

On comprend que ce n’est pas la même chose avec le monopole de la santé: on ne peut pas se passer de la santé. La santé, c’est primordial et vital!

Qui est à plaindre au Québec? Le petit peuple, les travailleurs ordinaires, payeurs de taxes, d’impôts et de permis de toute sorte qui ne cessent d’augmenter; tous ceux, gens du peuple, qui ne peuvent pas s’incorporer ni faire des affaires dans les paradis fiscaux, ceux-là paient le plus aux percepteurs de taxes et d’impôts fédéraux et provinciaux. C’est donc le peuple, les gens ordinaires qui sont à plaindre au Québec, pas les fonctionnaires ou pas les professionnels de tout acabit, dont les médecins font partie de façon très avantageuse monétairement et socialement.

Thomas Gohier,

cadre scolaire retraité

Ville Mercier

 

L’auteur répond à la lettre du Dre Sylvie Dufresne publiée ici