Populaire dans les années 1980, le jeu libre perd en importance depuis le début des années 2000. Pourtant, en passant du temps à courir, grimper et jouer avec les éléments de la nature, l’enfant s’ouvre à un monde d’apprentissages, souligne la pédiatre et chercheure au CHU de Québec-Université Laval, Émilie Beaulieu, dans sa conférence Allez jouer dehors.

Pour Mme Beaulieu, le jeu libre c’est bien plus qu’une «espèce d’activité tampon entre deux activités plus organisées», comme l’inscription à une session de gymnastique.

Le jeu libre, aussi appelé jeu risqué, contribue à la santé du coeur. «Plus on laisse les enfants jouer librement et s’adonner à du risque, plus ils seront actifs», dit l’auteure principale des recommandations de la Société canadienne de pédiatrie sur le jeu risqué extérieur.

La conférencière Émilie Beaulieu. (Photo : Faculté de médecine, Université Laval)

Stimulant, le jeu libre permet au jeune d’entrer en relation avec les autres en décelant le non verbal en plus de le sensibiliser au consentement. Jouer l’expose également à l’incertitude et l’incite à gagner en autonomie. «Je n’aurai pas toujours un adulte à côté de moi pour me dire ce qui va se passer par la suite. Et c’est correct, c’est positif», dit Mme Beaulieu en précisant que l’incertitude demeure un élément «insécurisant» pour l’adulte.

Jouer librement, c’est développer des connaissances. En sautant au sol à partir d’une chaise, l’enfant pourra tomber sur ses deux pieds ou encore sur le fessier. S’il fait face à un échec, il s’ajustera, explique Mme Beaulieu.

La Ville de Mercier a invité ses citoyens à joindre la conférence en ligne sur sa page Facebook le 6 février.

Développer la créativité

Pour Kristel Cholette, une résidente de Châteauguay, glisser à l’extérieur, compléter des casse-têtes et dessiner permettent à sa fille Maëlle et son fils Alexis de développer leur créativité. L’ennui s’avère de courte durée. La soeur et le frère occupent leurs journées à réaliser plusieurs projets. «Pour une activité, quand c’est assez, c’est assez, affirme la maman. Ils vont partir sur d’autres choses. On a une belle armoire de jeux de société, de bricolage.»

En laissant Maëlle et Alexis explorer leurs horizons par le jeu, elle leur donne la chance de découvrir leurs intérêts.

Alexis. (Photo : Le Soleil – Denis Germain)

Hassiba Skandrani, une maman de Châteauguay, comptait parmi les participants de la conférence Allez jouer dehors. La responsable d’un service de garde éducatif en milieu familial spécialisé dans le développement des fonctions exécutives en petite enfance note une augmentation des sorties structurées dans les familles «comme si la valeur d’une fin de semaine se mesurait à la quantité de stimulation offerte», soutient-elle.

Pourtant, le jeu libre devient un «temps de structuration». «Derrière un enfant qui “ne fait que jouer”, il y a un cerveau qui planifie, inhibe, ajuste, tolère la frustration, développe sa flexibilité cognitive. Ce n’est pas du temps vide», indique-t-elle.

Une question de perception

La perception du jeu libre de la part d’adultes nuit à sa popularité. Pour certains, l’enfant qui crée son propre jeu dans la cour n’apprend rien en retour. À l’inverse, le jeu organisé valorise les sentiments d’accomplissement et de performance.

Le jeu risqué, n’est pas un jeu dangereux. Le risque auquel s’expose l’enfant est calculé. Le jeu libre se pratique dans un environnement que l’adulte rendra sécuritaire en éliminant les obstacles pouvant devenir une source de danger.

Intolérance au risque

Dans les années 1980, le risque de blessure faisait partie du jeu, souligne Mme Beaulieu. Les parents acceptaient que leur jeune se salisse, déchire ses vêtements, vive un conflit avec un ami, énumère la conférencière.

Aujourd’hui, les gens développent une forte intolérance au risque. Les gouvernements ont mis en place des mesures préventives pour éviter des blessures graves chez l’enfant, comme les sièges d’auto, le port du casque à vélo et la réglementation sécurisant les piscines. En accord avec ces notions, la conférencière déplore que l’intolérance au risque s’étende aux blessures mineures, comme une égratignure.

Des études démontrent que le jeu libre occasionne seulement ce type de blessure, exprime Émilie Beaulieu. Outre l’égratignure, l’écorchure, l’ecchymose, la fracture et le traumatisme crânien léger font partie de cette catégorie.