Deux jours après que la Ville de Mercier ait démenti les allégations voulant qu’elle ne paie pas ses policiers placés en retrait préventif en raison de la COVID-19, la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ) martèle que cette pratique qu’elle qualifie «d’immorale» a bel et bien cours à la Municipalité.

La FPMQ estime que la Ville a joué sur les mots, puisque le retrait préventif serait l’équivalent d’une suspension administrative, avance-t-elle dans un nouveau communiqué de presse paru le 23 avril.

«Cela signifie qu’un policier est retiré préventivement du travail par son employeur puisqu’il présente des symptômes grippaux ou qu’il a été exposé à un cas possible ou confirmé de COVID-19, mais qu’il demeure apte à effectuer son travail», explique le syndicat national.

Il soutient que la Ville refile la facture à d’autres tiers, dont l’assurance collective, plutôt que d’assumer le salaire des policiers à la maison.

«Les policiers en retraits préventifs ne sont pas malades, inaptes ou incapables d’effectuer leurs fonctions. L’assurance collective refuse souvent de les indemniser, puisqu’ils ne remplissent pas la définition d’invalidité nécessaire à l’indemnisation», dit la fédération.

Dans le cas où l’assurance refuse la demande, les policiers doivent piger dans leur banque de journées de maladie, affirme la FPMQ. De plus, pour être rémunérés, ils doivent présenter une preuve épidémiologique, «chose souvent impossible à faire», estime le syndicat.

Ce dernier soutient que certaines Villes citées aux côtés de Mercier dans le communiqué original du 20 avril auraient modifié leurs pratiques depuis. Il implore la Ville de suivre leur exemple.

«Le danger qu’il y a c’est que cette pratique-là impose un grand fardeau aux policiers puisqu’ils peuvent craindre d’être laissés dans une situation financière précaire s’ils dénoncent leur exposition au COVID-19», soutient François Lemay, président de la FPMQ et président de la Fraternité des policiers et policières municipaux de Châteauguay.

Cas par cas

Aucun policier n’a encore été confronté à cette situation, puisqu’aucun n’a été contaminé, a précisé au Soleil de Châteauguay Pierre Fournier, président de la Fraternité des policiers et policières municipaux du Québec.

Néanmoins, il confirme que la Ville veut privilégier le cas par cas. Sa position rejoint celle de la FPMQ, en ce sens qu’il serait ardu de fournir une preuve épidémiologique.

«Si jamais nous allons chez une personne asymptomatique, ce sera difficile de faire le lien entre l’exposition au travail et une possible contamination», affirme-t-il, précisant que tous les policiers sont protégés lors d’une intervention.

Spéculations   

Pour la Ville, l’offensive de la FPMQ n’est basée que sur «des spéculations», puisqu’elle rappelle qu’aucun policier n’a été contaminé ni renvoyé sans salaire.

«La situation change chaque jour, c’est pourquoi nous privilégions le cas par cas, et ce, dans le respect de tous les employés. Il y a trop de variables», indique Vincent Lanctôt, directeur des communications de la Ville de Mercier.

De plus, aucune preuve épidémiologique n’a été demandée aux policiers, informe-t-il.

M. Lanctôt ajoute que les relations de la Ville et de la Fraternité des policiers et policières municipaux de Mercier sont excellentes. Il se demande pourquoi le syndicat national s’exprime sur ce sujet, alors que le syndicat local offre un autre son de cloche à la Ville.

«S’il y a un problème, nous pouvons nous parler, le régler et s’ajuster selon les besoins», conclut-il.