La Maison Myre, bâtie vers 1889, au cœur du village de Mercier, a été démolie le samedi 22 août. Plusieurs ont décrié la disparition de cette maison centenaire et craignent qu’elle soit remplacée par des immeubles à condos. La Ville a adopté le 1er septembre un règlement qui encadrera la démolition d’immeubles historiques sur son territoire.

Une affiche située en face du trou laissé par la maison démolie au 836, boulevard Saint-Jean-Baptiste, raconte l’histoire de la Maison Myre, construite à la fin des années 1800 par Alexandre Myre. Cette demeure n’était pas protégée par le ministère de la Culture. Seule la Maison Sauvageau-Sweeny, située au 422, boulevard Salaberry a un tel statut à Mercier.

La Maison Myre faisait plutôt partie d’un circuit touristique d’une vingtaine de maisons à Mercier, mis sur pied au début des années 2000, par un organisme sans but lucratif dont la vocation était de faire connaître le patrimoine bâti de Sainte-Philomène et de Mercier.

«Lorsque l’inventaire a été fait par la Commission de tourisme pour y installer des panneaux, le maire de l’époque et son conseil de ville ont décidé de ne pas protéger ces bâtiments parce que ça faisait trop de contraintes pour les propriétaires des bâtiments et du voisinage», indique la mairesse Lise Michaud. Ce n’est pas non plus dans les plans du conseil actuel de protéger toutes les maisons faisant partie du circuit touristique en raison des contraintes qui y sont associées.

La Maison Myre avant sa démolition. (Capture écran Google Street View)

Étudier les demandes de démolition

Cependant, avec l’adoption du nouveau règlement, les immeubles faisant partie du circuit touristique ne pourront pas être rasés aussi rapidement que la Maison Myre. Un comité décisionnel formé de trois élus, Philippe Drolet, Martin Laplaine et Stéphane Roy, évaluera chaque demande de démolition d’immeubles ciblés. Il sera conseillé par un comité consultatif de dix citoyens ayant des connaissances de l’histoire de Mercier, indique la Ville dans un communiqué. «Ce règlement nous permet de donner une pause pour évaluer la demande. Le comité consultatif donnera des recommandations aux trois élus, explique la mairesse de Mercier Lise Michaud. Si on n’autorise pas la démolition, on pourrait voir s’il y a des programmes de subvention pour aider les propriétaires.» L’objectif n’est pas de protéger les immeubles avec un statut patrimonial du gouvernement du Québec, souligne la mairesse. Le comité consultatif aura aussi comme mandat de réfléchir à la revitalisation du cœur du village de Mercier.

Le parti Démocratie Mercier a dénoncé la démolition de la Maison Myre à la fin du mois d’août et critiquait le fait que le conseil de ville en place ne tente pas de protéger le noyau villageois historique. Le chef du parti Hughes Ménard souhaiterait que le «cœur villageois» soit protégé par une réglementation municipale spécifique. «Démocratie Mercier désire que la ville de Mercier mette en place un programme de rénovation pour les maisons centenaires, comme le font les villes voisines telle Sainte-Martine avec une obligation de reconstruction et rénovation selon les normes du cœur villageois et viser les demeures dans le cordon patrimonial», commente M. Ménard.

Investir dans sa ville natale

Le propriétaire de l’endroit Stéphane Lessard a acquis cette propriété cette année. «Quand j’ai acheté, il y avait (déjà) le moratoire. Je ne savais pas ce que j’avais le droit de bâtir, mais je voulais acheter parce que j’ai grandi sur la rue Lacoste, située deux rues plus loin. J’ai fréquenté les trois écoles de la région», explique-t-il en entrevue. Il souhaitait investir dans sa ville natale pour son premier projet de construction. M. Lessard dit avoir évidemment remarqué l’affiche sur l’histoire de la maison. Il a fait des vérifications auprès de son notaire pour s’assurer qu’elle n’était pas protégée par un statut patrimonial. «Je ne pensais jamais partir une telle grogne. Je savais que des gens ne seraient pas d’accord. On ne peut pas faire plaisir à tout le monde dans la vie», se désole-t-il. Stéphane Lessard dit comprendre que sa décision de détruire la Maison Myre ait déçu des gens, mais il fait valoir que la résidence n’avait plus le cachet d’antan puisqu’il y avait eu beaucoup de rénovations au fil des ans.  «Elle avait une fournaise au propane assez récente, une thermopompe, des portes neuves, des fenêtres neuves, un bain tombeau à remous, des armoires», énumère-t-il.

Il dit vouloir faire un effort, avec son architecte, pour reconstruire un immeuble qui sera en accord avec le cœur villageois. Il prévoit, si la Ville l’autorise, avoir un loyer commercial au rez-de-chaussée, et quelques logements au-dessus.