Les personnes qui ont un certificat cadeau, une commande à aller chercher ou des films à faire développer chez Photolux à Châteauguay n’ont plus que quelques semaines pour passer à l’action. La boutique spécialisée en photographie fermera définitivement ses portes le samedi 30 avril. Une aventure de 37 ans qui s’achève dans la foulée d’une grande révolution.
Propriétaire du commerce, Nicole Delsemme dit annoncer son départ à la retraite dès maintenant pour laisser à ses clients le temps d’agir. «Je ne voulais pas qu’ils se cognent le nez sur la porte. Pour moi, c’est plus que des clients. Je les connais tous par leur nom», confie-t-elle.
Devenus locataires à la suite de la vente de l’immeuble qui abrite leur magasin, il y a un an, Mme Delsemme et son conjoint Jean-Yves Therrien copropriétaire éteindront l’enseigne de Photolux pour de bon à l’échéance du bail.
«Ç’a été une grande décision à prendre. Mais, un moment donné, il faut que je décroche. Il faut que je pense à moi», dit la femme d’affaires à un an de l’âge officiel de la retraite. Son magasin exige de longues heures de travail pour des revenus en baisse constante. «C’est difficile. C’est de moins en moins lucratif. Je me dis coudonc, je fais du bénévolat six jours par semaine !» lance la femme d’affaires et photographe.
L’âge d’or de la pellicule argentique
Fondé en 1979 par sa mère Marie Delsemme et son associé Roméo Côté, Photolux a connu un âge d’or à ses premières années. Les appareils photos fonctionnaient alors avec de la pellicule qu’il fallait développer et imprimer. «On a été jusqu’à huit employés dans le temps du film. Il y en avait deux juste pour développer la pellicule. Ça roulait 24 heures par jour», fait part Nicole Delsemme. Aujourd’hui, ils sont trois. Elle, son conjoint et une employée.
L’ère numérique
Photolux a dû composer avec le passage au numérique dans les années 2000. «Nous avons été les premiers sur la Rive-Sud à posséder la nouvelle technologie. À l’époque, cela a représenté un investissement de 250 000 $», se rappelle Mme Delsemme.
Les premiers temps du numérique, les gens ont continué à faire imprimer leurs photos et l’eau apportée au moulin par le développement de films s’est tarie lentement.
L’impact du téléphone intelligent
Selon Nicole Delsemme, c’est l’avènement du téléphone intelligent et des tablettes qui a vraiment changé la donne. «Le cellulaire a donné le coup à l’impression de photos. Ça a beaucoup baissé depuis quatre ou cinq ans», souligne-t-elle. La facilité avec laquelle le téléphone permet de partager des images a fait la différence à son avis.
Les gens conservent leurs clichés sur les supports numériques, ils ne les matérialisent plus, n’en font plus d’albums, à l’exception des personnes âgées, se désole Mme Delsemme.
Même pas les albums de mariage ? «Non, de nos jours, les photographes remettent un CD et les gens font souvent imprimer seulement une photo ou deux», note-t-elle.
L’engouement pour le cellulaire a aussi contribué à pousser vers le bas les ventes de caméras. Selon le site photoexposition, la production mondiale de ces appareils a chuté de 50 % entre 2010 et 2013, notamment en raison du ralentissement économique et de la concurrence du téléphone.
Déclin sur tous les fronts
Un petit détaillant indépendant comme Photolux ne pèse pas beaucoup pour certains fabricants, révèle aussi Mme Delsemme. «Certains fournisseurs me vendaient leurs appareils plus chers que leur prix de détail dans une grande chaîne. Quand je leur faisais remarquer, ils me disaient : va l’acheter dans la grande chaîne ! » rapporte-t-elle.
Ces derniers temps, la photographe tirait une bonne part de ses revenus des formations qu’elle donne sur les appareils. «Des gens achetaient l’appareil moins cher ailleurs et ils payaient ici pour apprendre à l’utiliser alors que s’ils avaient acheté ici, la formation était comprise dans le prix», expose Mme Delsemme.
De moins en moins de photos à imprimer, recul des ventes d’appareils photos et d’albums, diminution des portraits en studio, Photolux affronte des vents contraires dans toutes les directions. Et c’est sans parler des milliers de dollars à investir pour maintenir les ordinateurs et logiciels à niveau. Il devient alors impossible de passer le flambeau, conclut la future retraitée.
Des photos par milliers
Avec les appareils numériques, plusieurs prennent des photos en quantité industrielle.
«À l’époque de la pellicule, les gens revenaient de voyage avec deux ou trois films à développer. Aujourd’hui, ils prennent des centaines et des centaines de clichés», illustre Nicole Delsemme. Et, dit-elle, plusieurs ne savent pas gérer toutes ses images. «Il y a des clients qui arrivent parfois avec 1500 photos pêle-mêle dans un appareil pour en imprimer quelques-unes. Il faut les ouvrir une par une, ça prend énormément de temps», fait-elle observer. Le support papier est le plus durable, évalue-t-elle. Les disques durs et autres supports numériques peuvent devenir illisibles, prévient-elle.
Quelques dates de l’histoire de la photo
1839
Deux procédés photographiques sont mis au point : le daguerréotype et le calotype
1888
George Eastman invente l’appareil-photo à main avec film en celluloïd : le Kodak
1935
Apparition de la pellicule couleur Kodachrome
1975
Premier prototype d’appareil photo électronique sans film fabriqué par Kodak
1995
Premier appareil photo numérique pour grand public : le Casio QV 10
2002
Le Nokia 7650 est l’un des premiers téléphones avec appareil photo intégré
2007
Apple lance le iPhone Edge pouvant prendre des photos
2008
1er smartphone sur Android
(Sources : Encyclopédie canadienne de la photographie; Wikipédia; Christian-roux.ch/histoire de la photographie numérique;)
