La chasse et la pêche sont des droits ancestraux reconnus chez les Premières Nations au Canada. Bien qu’il s’agisse d’une pratique millénaire, le sujet demeure complexe et sensible. C’est pourquoi le Conseil mohawk de Kahnawake a tenu un Sommet sur le sujet réunissant des membres des Premières Nations, mais aussi des représentants des gouvernements du Québec et de l’Ontario à la mi-avril.

«C’est important d’avoir ces discussions puisqu’il y a beaucoup de désinformation autant auprès de nos propres chasseurs, pêcheurs que ceux des communautés environnantes qui ont l’impression qu’on n’a pas le droit de le faire, que le territoire ne nous appartient plus», explique David A. Diabo, chef responsable des dossiers liés au territoire au Conseil mohawk de Kahnawake et un des organisateurs de l’événement.

Selon lui certains ministères reconnaissent les droits de pêche et de chasse des Autochtones, «mais ils ont un problème avec la façon dont on le fait».

L’interprétation des droits ancestraux et l’application de la réglementation québécoise sur la chasse et la pêche peuvent souvent entrer en conflit.

Même auprès des membres de Premières nations, M. Diabo recommande d’être prudent avant d’invoquer l’article 35 de la Loi constitutionnelle qui reconnait les droits ancestraux. «Je leur dis souvent, fais attention à ce que tu apportes en Cour parce que ça devient un précédent. Si tu cites la section 35, assure-toi de savoir de quoi tu parles parce que sinon tu pourrais accidentellement créer un précédent dans lequel on ne pourra pas ressortir», dit-il.

La tradition vivante

«La chasse et la pêche sont deux pratiques encore bien vivantes à Kahnawake, bien qu’il s’agisse d’une communauté urbaine située à un pont de la métropole. «C’est ancré dans notre culture. On vit sur une des plus grandes rivières au monde [fleuve Saint-Laurent]. Quand ça nous a été enlevé illégalement [avec la construction de la Voie maritime], on a perdu un accès à une de nos sources de subsistance puisque nous sommes une communauté de pêcheurs», relate M. Diabo.

La communauté de Kahnawake a un accès au fleuve Saint-Laurent, mais il n’est plus accessible directement de la rive.

Questionné sur les reportages diffusés l’automne dernier au sujet de la chasse nocturne au spot près du canal de Beauharnois, M. Diabo indique avoir été informé par des membres dont leur «spot» a été confisqué.

Cette technique n’est pas permise dans la réglementation actuelle, mais elle est reconnue comme une technique de chasse ancestrale. «On a dû faire nos recherches parce que ce n’est pas quelque chose qu’on faisait ici, mais il est vrai que des Premières nations utilisaient des torches pour chasser», indique M. Diabo.

Ce dernier reconnait qu’il faut faire preuve de prudence puisqu’il y a un risque à la chasse de nuit et un milieu habité à proximité. «Personne ne veut un accident», soutient-il.

Le Sommet d’une durée de quatre jours réunissait une centaine de personnes incluant des membres de la communauté venus partager leurs savoirs, des conférenciers invités, des chasseurs et pêcheurs expérimentés. Différentes conférences et discussions ont été présentées autour des enjeux politiques liés au droit de chasse, des expériences vécues, des connaissances traditionnelles.