François Le Borgne, avocat résidant à Châteauguay, s’intéresse depuis plus de dix ans à la question de la sécurité maritime. Il vient de publier un livre sur le sujet.
Trois aspects du dossier Kathryn Spirit
Dans son livre, François Leborgne dédie un chapitre au cycle de vie des bateaux. Un enjeu particulièrement d’actualité à Beauharnois, qui a maille à partir avec le Kathryn Spirit. Voici, selon M. Leborgne, trois aspects qui compliquent la donne dans ce dossier.
Un démantèlement coûte cher
«Au moment où le cargo a été amené sur les rives du Lac Saint-Louis pour y être démantelé, en 2011, le marché de la ferraille était encore favorable et la valeur du dollar canadien était en bonne posture. Or, après cinq ans de statu quo, le bateau se trouve aujourd’hui dans un tout autre contexte. La valeur du dollar a chuté et le marché de la ferraille, avec le déclin de la demande en Chine, ne va pas mieux. Ce qui rend le démantèlement de bateau moins rentable, notamment parce qu’il s’agit d’opérations très coûteuse qui demande une grande expertise.
De plus, pour un bateau comme le Kathryn Spirit, qui a été construit en 1967, des procédures de désamiantage seront probablement nécessaires. Ça risque de coûter très cher. La grande question est de savoir qui voudra payer pour ça dans le contexte actuel.»
Conséquences environnementale et économique
«Autre problème, le transport de la coque vers un lieu de démantèlement représente une gestion de risques énormes, tant sur le plan environnemental que sur celui de la sécurité maritime. On pourrait se demander, par exemple, ce qui pourrait arriver si la voie maritime du Saint-Laurent, par où le Kathryn Spirit devra être remorqué, devait être bloqué pendant plusieurs jours en cas d’accident».
Le voile corporatif
«Le voile corporatif constitue un enjeu important dans des cas d’abandon de bateau en fin de vie, puisqu’il permet de protéger les propriétaires des compagnies qui vendent ou acquièrent des bateaux. On pourrait toutefois se demander quelles sont les responsabilités de ces acteurs sur le plan des engagements.
En Europe, où les abandons des bateaux en fin de vie est un phénomène beaucoup plus fréquents, certains États ont légiféré afin de pouvoir saisir le bateau plus rapidement après son abandon.»
