Une vingtaine d’organismes du Roussillon joindra la grève de services du mouvement québécois Le communautaire à boutte du 23 mars au 2 avril. À Châteauguay, la participation de l’Élan des jeunes et du Centre d’action bénévole (CAB) du grand Châteauguay se traduira respectivement par une diminution et une suspension des services.

Durant ces deux semaines, les appels logés à l’Élan des jeunes seront redirigés vers les intervenants du système de la santé ou encore les députés, avise la codirectrice de l’organisme, Marie-Pier Gendron. «Néanmoins, l’équipe de l’Élan des jeunes fera les retours d’appel à la fin de la grève», précise-t-elle. L’hébergement en soirée, la nuit et la fin de semaine auprès de la clientèle demeurera. «Malheureusement, il faut qu’il y ait une coupure de services pour que le gouvernement comprenne l’importance des services communautaires», déplore Mme Gendron en ajoutant participer à toutes les activités de mobilisation du mouvement Le communautaire à boutte.

Le CAB du grand Châteauguay n’offrira aucun service bénévole ni d’intervention du 23 mars au 2 avril, indique la directrice générale de l’organisme, Annik Hall. Les cliniques d’impôt cesseront le 23 mars et reprendront après la fête de Pâques. Mme Hall parle de la fermeture comme une décision «très difficile», mais sa participation à la mobilisation apportera grand bien au Centre d’action bénévole. «C’est une façon pour nous de prendre soin de notre organisme, prendre soin de nous pour aider plus longtemps et efficacement. Il faut que je m’assure que j’aie le financement adéquat, la reconnaissance adéquate du gouvernement», dit-elle.

Sous-financement

L’Élan des jeunes et le CAB du grand Châteauguay sont unanimes. Tous deux souffrent du sous-financement de la part de Québec. «Les besoins augmentent, les demandes se multiplient. On n’a pas les ressources qui arrivent au même rythme», lance Annik Hall.

L’Élan des jeunes reçoit une aide financière de Québec de 470 000 $ pour poursuivre sa mission. Ce montant représente le quart du financement pour assurer un service d’hébergement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, soutient Marie-Pier Gendron. «Il nous faut à peu près 1,3 M$, estime-t-elle. Le 800 000 $ manquant, je dois aller le chercher ailleurs.»

En 2025, le budget de fonctionnement du CAB du grand Châteauguay s’établissait à 900 000 $. Mme Hall explique que la somme de 1,5 M$ est nécessaire pour assurer la mission de l’organisme. Si le CAB avait dans ses coffres le manque à gagner de 600 000 $, la direction entretiendrait le bâtiment abritant l’organisme, dont elle est propriétaire, en plus d’offrir des avantages sociaux au personnel et voir à l’embauche d’une ressource supplémentaire dédiée aux communications, entre autres. 

En 2025, la Montérégie s’est partagé un surplus de Québec de 1,2 M$, soit près de 3 428 $ supplémentaires par organisme, affirme l’intervenant aux volets communautaires de l’Avant-Garde en santé mentale à La Prairie et représentant local Jardins-Roussillon du Communautaire à boutte, Raphaël Guimond.

«Le comité régional de la Montérégie a estimé que le manque à gagner en Montérégie pour le financement des organismes d’action communautaire de tous les secteurs est de 116 M$», souligne-t-il. Le financement insuffisant occasionne un roulement du personnel. Des travailleurs du milieu communautaire quittent pour un emploi offrant de meilleures conditions de travail.

En Montérégie, plus de 170 organismes prendront part aux différentes activités du Communautaire à boutte du 23 mars au 2 avril, indique M. Guimond.

Conditions de travail décentes et reconnaissance

Outre un financement suffisant, Le communautaire à boutte demande à Québec des conditions de travail décentes pour ses travailleurs. «Si on se compare au réseau public, le salaire est moindre. Nous parlons d’un maximum de 40% plus bas que le salaire moyen au Québec», avoue Raphaël Guimond.

Le mouvement demande une meilleure reconnaissance des organismes afin d’éviter aux clientèles de «se promener de ressource en ressource». La collaboration avec le secteur public s’est améliorée, souligne M. Guimond, mais ça pourrait être mieux. La protection de l’autonomie et la fin du financement précaire ainsi qu’un engagement clair à investir dans le modèle communautaire comme pilier stratégique complètent les revendications du mouvement Le communautaire à boutte.

La Fédération régionale des OSBL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie (FROHME) maintiendra ses services du 23 mars au 2 avril. Dans un communiqué de presse, la Fédération se dit solidaire au mouvement, mais «ne prendra pas part à la grève communautaire». Elle appuie les revendications des organismes.