Connaissez-vous l’histoire des milliers de personnes, Afro-descendantes et Autochtones, qui ont vécu en situation d’esclavage ici même, au Québec ? Jusqu’au 5 avril, le musée de la Maison LePailleur à Châteauguay nous convie à une rencontre bouleversante avec ce pan méconnu de notre histoire. Bienvenue entre les murs de l’exposition Fugitifs!.

Redonner un visage à l’absence

L’exposition, qui célèbre sa 7ᵉ année d’existence, trace le portrait de gens absents de notre mémoire collective. S’appuyant sur les travaux de l’historien Marcel Trudel — qui a répertorié 4 185 personnes mises en esclavage au Québec entre 1629 et le début des années 1800 — le rappeur et historien Aly Ndiaye (Webster) a voulu sortir ces individus de l’anonymat.

Le défi était de taille : il n’existe aucune peinture, ni photo de ces personnes. Pour leur redonner vie, Webster s’est tourné vers les archives et les journaux de l’époque coloniale. À l’époque, lorsqu’une personne s’enfuyait, les propriétaires publiaient des annonces pour les retrouver.

La fuite comme acte de résistance

Ces annonces sont paradoxalement devenues des sources historiques précieuses. On y décrivait avec précision l’habillement, la physionomie et même les traits de caractère des fugitifs.

« Ici, puisqu’il n’y a pas beaucoup de gens en esclavage, il n’y a pas l’option de rébellion armée comme partout ailleurs dans les Amériques », explique Webster. « Le principal acte de résistance à l’esclavage au Québec, c’est la fuite. »

C’est à partir de ces descriptions que des illustrateurs ont pu donner un visage à une dizaine de personnages, tels que Jacob, Lowcanes et Bell. En les regardant, on ne voit plus seulement des chiffres, mais des êtres humains en quête de dignité.

Une maturité sociale nécessaire

Lors d’une visite guidée le 18 mars dernier, Webster a insisté sur l’importance de ce regard vers le passé : « Je pense que ça prend une maturité sociale pour être capable de regarder cette histoire-là ; de comprendre que ce n’est pas ça qui nous définit. Ça fait partie de notre histoire et il faut en prendre compte pour comprendre les dynamiques actuelles et continuer notre chemin en tant que peuple. »

Une collaboration locale inspirante

Ce passage de Fugitifs! à Châteauguay est le fruit d’une collaboration tripartite entre le musée de la Maison LePailleur, la CDC Roussillon et Alliance carrière travail (volet SAFIR), un organisme dédié au soutien des nouveaux arrivants. Cette alliance démontre que l’histoire, aussi difficile soit-elle, demeure un outil de cohésion et d’apprentissage essentiel pour la communauté.

Informations pratiques :

  • Lieu : Maison LePailleur, Châteauguay.
  • Date : Jusqu’au 5 avril.
  • Pourquoi y aller : Pour la rigueur historique, la beauté des illustrations et la force des récits de vie.
  • Autre format: L’exposition existe aussi sous forme de balado.