Rassemblés à gauche, le Colisée de Rome, le Parthénon de la Grèce antique, une pyramide égyptienne, le Kremlin russe, la statue de la liberté de New-York, l’Arc de triomphe parisien, dessinés en nuances de bleu nuit.
Ces symboles de diverses civilisations reçoivent le souffle d’un squelette à l’armure foisonnante de motifs osseux à l’aspect spectral et sculptural. Une montre de poche marquée du nombre de la Bête voisine la signature : Fitto.
Cette scène fait partie d’une oeuvre peinte à l’aérographe sur une moto qui a valu à son auteur, Martin Bouchard de son nom de naissance, trois prix au Motorcycle Supershow 2014 à Toronto, le plus gros événement du genre au pays : «best paint», «best art work» et «best use of color».
D’autres oeuvres sur métal griffées Fitto ont été primées au Boardwalk Daytona 2014, au récent Bike and Tatoo au Stade olympique à Montréal et au Rat’s Hole Custom Bike Show, «l’un des plus prestigieux dans le monde de la moto custom».
«2014 a été une grosse année», note l’artiste de Châteauguay. Il n’en est pas à sa première «grosse année».
Il y a autant de trophées et de plaques honorifiques dans la maison de Fitto que de détails dans ses peintures. Au fil du temps, il en a gagné des dizaines. Il s’est acquis une réputation internationale et des milliers de fans. Une oeuvre de lui est conservée au Musée Harley Davidson à Milwaukee et d’autres chez des collectionneurs privés en Californie, en Europe.
Son compte «Airbrush Fitto» sur Facebook a près de 24 000 amis. «Chef-d’oeuvre, wow, extraordinaire», les commentaires élogieux y sont légion.
L’usure du temps
«Je travaille fort en maudit !» lance le virtuose du dessin qui pourrait passer pour un adversaire de taille pour Hulk Hogan avec sa carrure, sa barbiche à deux cornes et ses yeux bleus perçants.
Son combat, il le mène plutôt contre le sablier, plus terrible et dévastateur que n’importe quel lutteur.
Les plus résistants au passage des heures, crânes et entrelacs d’os reviennent constamment dans ses oeuvres. «Ça parle toujours de l’usure du temps», dit Fitto.
De cette précieuse ressource, il en consacre des quantités à peaufiner les oeuvres qu’il destine aux concours, à ajouter des détails et encore des détails. «Je peux travailler des mois sur une moto.»
Une façon, pour lui, de se démarquer à une époque où les machines peuvent reproduire n’importe quoi. «Si je voulais survivre, il fallait que je mise sur mon talent créatif. Je n’utilise aucune technologie, je fais tout à main levée.»
Inspiration
«Tout ce que je vois m’inspire, je suis comme une éponge», dit Martin Bouchard. Il a créé dans son ordinateur, un dossier «inspiration» où il emmagasine quelques images, mais quand vient le temps de passer à l’action, «je peins de mémoire», précise-t-il.
Il est doué pour le dessin et aussi la couleur. «Je mélange mes couleurs moi-même. J’utilise une trentaine de teintes pour la peau», note Fitto dans son atelier aménagé au sous-sol de sa demeure. Des pots de pilules accueillent la peinture destinée à l’aérographe, petit outil de métal qui fait office de pinceau.
Sa grande force est de marier harmonieusement des figures et des motifs décoratifs sur des volumes comme des réservoirs à essence, des ailes, des portes, etc.
En plus d’accumuler les honneurs, Fitto transmet son art en donnant des cours un peu partout dans le monde. Pour l’avenir, il aimerait se consacrer davantage à la peinture sur toile et panneaux, «aller plus dans le songé».
