Terriblement éprouvée par le meurtre d’une amie survenu en 2004, Mélanie Ouellet a retrouvé une part de sérénité en allant à la rencontre de l’auteur du crime ce printemps. Une démarche encadrée par le Centre de services de justice réparatrice et le Service correctionnel du Canada, qui a résulté d’un long processus.
«C’était mon âme sœur. Encore aujourd’hui, elle me manque énormément. Elle est toujours là avec moi. J’y pense tout le temps», confie la femme de Châteauguay en parlant de la victime.
Des années de rage
À la suite du drame, Mélanie Ouellet a traversé une période très sombre. «J’ai été des années dans la rage, la colère, l’autodestruction. J’ai voulu mourir. J’avais perdu le goût de vivre», dit-elle. Elle déplore n’avoir pu obtenir aucune aide du réseau gouvernemental. «C’est ma mère qui m’a ramassée à la petite cuillère. Je m’en suis sortie avec ma famille», souligne-t-elle.
Retour à l’école
En 2008, Mélanie Ouellet a décidé de reprendre sa vie en main en retournant à l’école. Elle a décroché un diplôme collégial pour devenir éducatrice en service de garde. Elle a ensuite entrepris et complété des études universitaires en criminologie. Un cours sur la justice réparatrice l’a interpellée.
Justice réparatrice
Pour Mélanie Ouellet, sa colère ne lui permettait pas de faire son deuil. «On passe au-delà de la rage, un moment donné, on veut juste comprendre», dit-elle. Elle ressentait le besoin de parler celui qui a tué son amie de l’impact de son geste sur elle. «Je voulais pouvoir dire à la bonne personne ce que le crime brise. Qu’elle sache ce que ça fait comme dommage dans la vie de quelqu’un», dit-elle.
Mélanie Ouellet a été reconnue comme victime par le Service correctionnel du Canada. Elle a amorcé des démarches avec le Centre de services de justice réparatrice, un organisme qui organise des rencontres entre des victimes et des détenus ayant commis un crime apparenté.
Rencontre avec un meurtrier
Ainsi, Mélanie Ouellet a pu échanger avec un meurtrier. «Je suis sortie bouleversée. Je ne savais pas si je devais le haïr ou avoir de la compassion. Il y a toujours la petite voix de l’opinion publique qui dit que les meurtriers sont des gens perdus qu’il n’y a plus rien à faire avec eux», relate la jeune femme. L’honnêteté avec laquelle l’homme lui a parlé l’a touchée, dit-elle.
Elle se désole des difficultés pour les détenus à trouver un emploi et à se faire un nouveau réseau d’amis. «Il y a des gars en dedans qui veulent s’en sortir mais on ne leur donne pas beaucoup de chances», déplore-t-elle.
Face-à-face libérateur
Parce qu’il était d’accord et que les autorités carcérales le considéraient apte, Mélanie Ouellet a finalement eu, en juin, un face à face avec celui qui a tué son amie et qui est toujours détenu. «J’ai vu un gars qui a fait beaucoup de chemin et qui était ouvert à m’écouter. J’ai senti de la sincérité dans ses propos», témoigne-t-elle.
Est-ce qu’elle juge l’exercice positif ? «Excessivement. Pour moi. Et pour lui. Ça a éliminé un poids immense sur mes épaules», considère-t-elle.
Tournoi de poker
Mélanie Ouellet a tellement apprécié le soutien du Centre de services de justice réparatrice qu’elle a décidé d’organiser un tournoi de poker bénéfice pour l’épauler. «Cet organisme ne m’a jamais laissé tomber», insiste-t-elle. L’activité est prévue le 18 septembre au Playground à Kahnawake. Des personnalités connues seront de la partie, précise Mélanie Ouellet. Elle peut être jointe au [email protected] pour plus d’information.
Inspiré par les autochtones
L’approche du Centre de services de justice réparatrice vient des autochtones, fait part Estelle Drouvin, coordonnatrice de l’organisme. «Pour les autochtones, tout acte de violence a impact sur la société. Pour revenir à l’équilibre, la victime et l’auteur du crime sont réunis avec des membres de la communauté. Le but c’est de prendre soin de la personne blessée et de responsabiliser l’agresseur, lui faire prendre conscience de l’impact de son crime et aussi lui permettre de faire amende honorable», explique-t-elle.
Le Centre de services de justice réparatrice met en contact des victimes et des auteurs de crimes apparentés. Il accueille une quarantaine de participants par an. L’un des défis est de trouver des auteurs de crimes similaires et des détenus prêts à participer. Pour qu’une rencontre avec une victime se concrétise, le détenu doit avoir cheminé et avoir le désir de réparer, souligne Mme Drouvin. L’approbation des autorités est aussi requise. Et il y a plusieurs étapes à franchir. Une dizaine de bénévoles aguerris assurent l’accompagnement des participants. «Ce sont des professionnels. Le secret pour que ça fonctionne, c’est d’être bien préparé et encadré», fait part la coordonnatrice.
Le processus est bénéfique, assure-t-elle. «C’est libérateur pour la victime et le détenu. C’est ça la beauté de la démarche. C’est gagnant-gagnant, dit Estelle Drouvin. Les témoignages, après, sont assez impressionnants. Certains vont cesser de faire des cauchemars ou de faire de l’insomnie.»
Mme Drouvin précise qu’il est plutôt rare que les participants rencontrent les auteurs des crimes dont ils ont été victimes, ce qui se fait, le cas échéant, avec le Service correctionnel du Canada.
L’organisme fonctionne essentiellement avec des contributions privées. Le tiers de son financement provient de communautés religieuses mais le centre n’est pas religieux, mentionne Mme Drouvin. Elle en est la seule salariée.
