Un lien bien spécial unit les frère et sœur Paul et Reina Arseneault de Beauharnois. Reina a donné un rein à son frère en 1972. 46 ans plus tard, l’organe fonctionne toujours bien, ce qui défie nettement les statistiques en matière de don de rein; la durée de vie moyenne est de 15 à 20 ans.

Paul Arseneault était au début de la vingtaine quand ses problèmes de rein ont commencé. Une infection des tissus lymphatiques a entrainé une insuffisance rénale. «La première réaction que j’ai eue quand les médecins me l’ont annoncé c’est : voyons donc, je n’ai jamais eu mal aux reins, vous vous trompez !» se souvient-il.

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Du jour au lendemain, le jeune homme qui était en pleine santé s’est retrouvé à faire des traitements d’hémodialyse, avec les inconvénients qui viennent avec, puisque ses reins n’arrivaient plus à filtrer son sang.

Les médecins lui ont parlé de l’option de la greffe de rein, qui, au début des années 1970, en était encore à ses balbutiements. «Au début, on cherchait d’abord des donneurs vivants dans la famille du patient», se rappelle le Dr Pierre Daloze, une sommité dans le domaine de la transplantation d’organe, qui a opéré M. Arseneault à l’époque.

Surprise pour sa fête

Sa sœur Reina avait décidé qu’elle serait celle qui lui offrirait ce cadeau unique. «Il a fallu que j’aille à l’hôpital une semaine pour passer les examens. Fallait que je sois en parfaite santé, explique-t-elle. C’est ça qui était mon inquiétude. Qu’ils trouvent quelque chose qui m’empêcherait de le faire.» Les tests ont finalement été positifs.

Elle a annoncé la nouvelle à son frère le jour de son 22e anniversaire. «Il était en train de fêter dans la cour chez lui et je suis allée lui annoncer que j’étais compatible et que c’est moi qui étais pour lui donner», raconte celle qui avait 33 ans à l’époque. «Je lui ai dit : es-tu certaine ? Je ne voulais pas qu’elle se sente mal par rapport à ça», mentionne Paul Arseneault.

Parmi les premiers greffés

Selon les informations de la famille Arseneault, frère et soeur ont concrétisé la 35e greffe de rein dans l’histoire du Québec. Avaient-ils des craintes par rapport à cette nouvelle technologie ? «À 22 ans, tu n’as pas peur de rien !» confie M. Arseneault. «Je n’avais pas peur du tout. J’étais croyante, j’avais la foi», renchérit sa sœur.

Tout s’est bien passé pour eux et le geste de Reina Arseneault a permis à son frère de retrouver la santé et vivre une vie active. Passionné de musique, il a rapidement recommencé la batterie, son instrument de prédilection. Paul Arseneault a également été propriétaire de deux restaurants à Melocheville au cours de sa carrière.

La Fondation canadienne du rein a souligné le don de Mme Arseneault lors de la Marche du rein de Châteauguay du 10 juin, en lui remettant la médaille Don de vie.

Contente de cette reconnaissance, elle demeure toujours humble par rapport à ce cadeau. «Ma mère a peur du sang et quand je lui dis que je vais donner du sang elle me dit : t’es tellement bonne de faire ça, raconte sa fille Nathalie Mallet. Ça me fait rire parce que je lui réponds toujours il n’y a rien là maman, toi tu as donné un rein!! C’est une véritable sainte.»

Un record ?

Le 7 juin, les Arseneault ont célébré le 46e anniversaire de la greffe. Selon la Fondation canadienne du rein, un rein greffé provenant d’un donneur vivant demeure fonctionnel en moyenne 15 à 20 ans. Questionné à savoir si l’histoire de cette famille constituait un record au Québec, ni la Fondation ni Québec Transplant, qui gère le don d’organe, n’ont pu confirmer l’information. Ils ont cependant souligné qu’il s’agissait d’une durée de vie «impressionnante».