Des punaises de lit font vivre un cauchemar à des locataires d’un immeuble communautaire à Châteauguay. L’organisme propriétaire lutte contre le fléau depuis des semaines et croit être proche de gagner la guerre. L’ennemi pourrait toutefois se retrouver ailleurs.

«Ça a commencé il y a un mois, en juin. Mon chum avait des piqûres dans le dos, sur les bras. Le gestionnaire nous a dit que c’était des punaises de lit. Moi qui étais déjà anxieuse en partant, ça ne m’aide pas du tout. C’est très difficile de régler le problème», confie Michelle*, locataire depuis janvier de l’un des 24 logements de l’édifice concerné propriété de la Société locative d’investissement et de développement social (SOLIDES), un organisme à but non lucratif de Châteauguay qui possède un parc de 32 adresses.

Les punaises de lit infestent tous les racoins d’un appartement qu’elles colonisent. Et elles profitent des déplacements des locataires pour conquérir de nouveaux espaces. «Avant de savoir qu’on avait des punaises, on est allés chez des amis et maintenant ils sont pognés avec ça ! C’est inquiétant et ça nous empêche d’avoir une vie sociale», déplore Michelle. Et il y a le nettoyage à faire. Des vêtements à chauffer au sèche-linge. «Je suis épuisée», fait part la locataire.

«Ce n’est pas humain le stress qu’elle vit. Elle ne dort plus», témoigne sa mère Marguerite *. Sa fille vivait ces derniers jours avec le strict minimum, sans rideaux ni matelas confortable, le temps qu’agisse un énième traitement. Par crainte de déplacer le problème, mère et fille limitent les contacts. Après une visite à Michelle, sa mère raconte qu’une punaise s’est retrouvée dans sa voiture. « Je l’ai vue en attachent ma ceinture. J’ai allumé la lumière dans mon auto. Merde j’avais une punaise sur ma jupe courte en jeans. Ça marche très vite. Dégueulasse. Je l’ai attrapée. J’en ai encore les frissons», raconte-t-elle.

La citoyenne aimerait que la Ville soutienne les personnes aux prises avec le fléau, entre autres en leur offrant un toit durant les traitements.

Signalé trop tard

Les punaises sont particulièrement difficiles à éliminer du bloc touché parce qu’elles ont pu proliférer plusieurs semaines sans être inquiétées, laisse entendre Stéphane Gloutney, gestionnaire de l’immeuble pour la SOLIDES. «Le 1er épisode remonte au mois de novembre. Le locataire a attendu quatre mois avant de signaler le problème. Avec les punaises, la rapidité d’exécution est très importante. C’est la première fois qu’on a plus de difficulté», fait-il part.

Processus de décontamination

Le processus de décontamination s’effectue en deux temps et il n’est pas de tout repos pour les occupants des appartements touchés. «On embauche deux entreprises. La première prépare le logement. Elle ramasse tous les tissus, linge, draps, serviettes, qui sont placés dans des sacs scellés et envoyés dans un congélateur à Montréal», explique M. Gloutney. Leurs effets sont remis aux locataires seulement lorsque leur appartement est débarrassé des punaises. Ce qui peut prendre plusieurs semaines.

Des lits contaminés, des divans doivent être jetés. Déchiquetés pour que personne ne les utilise.

Le locataire conserve un minimum de vêtements qui doivent être décontaminés en les plaçant à la sécheuse pendant 45 minutes à la température la plus chaude.

La première entreprise passe l’aspirateur et de la vapeur chaude partout dans l’appartement. Une fois cette étape franchie, une compagnie spécialisée en extermination vaporise le logement au grand complet. Les logements voisins sont aussi traités pour créer une barrière. «Une fois fait, on attend deux ou trois semaines. S’il y a encore des punaises, on refait le traitement», précise Stéphane Gloutney. Et c’est ce qui arrive avec l’immeuble habité par Michelle.

«La première étape n’a pas permis d’éliminer toutes les punaises. Depuis novembre, on a effectué 26 ou 27 vaporisations dont 3 ou 4 fois dans certains logements. C’est très coriace», dit-il. Chaque intervention coûte 800 $. «Comme propriétaire, on n’a pas le choix d’éliminer les punaises. C’est un problème de santé publique. Si on n’intervient pas, ça va être décuplé», souligne le gestionnaire.

Une des difficultés, a-t-il évoqué, c’est que certains locataires ne respectent pas les consignes comme jeter des lits, ne rien ramasser au bord du chemin ou utiliser des vêtements non décontaminés.

M. Gloutney a dit avoir bon espoir de venir à bout des dernières punaises avec le traitement appliqué ces derniers jours.