Locataire depuis le début de sa vie adulte, le résident de Châteauguay Éric Corbeil craint de perdre son toit. La Ville a déposé devant chez lui le 22 juin un avis public annonçant la démolition de la maison historique où il habite. Le propriétaire veut remplacer le bâtiment non conforme par une remise.

«Je ne retrouverai jamais un endroit comme ici. J’ai des fleurs, une galerie, un petit terrain et un cabanon plein d’outils. Je fais quoi avec ça? On va m’enlever ça?» indique M. Corbeil.

Le locataire réside dans le même quartier historique depuis 20 ans. À son arrivée, le lot comportait un immeuble à logement, avec façade sur la rue Principale, puis un atelier d’artisan donnant sur la rue Alexandre-Bourcier. L’homme louait un logement dans l’immeuble. Puis, l’atelier d’artisan devenu une maison s’est libéré. Il y demeure depuis une dizaine d’années.

Le locataire se plaît en raison de la localisation de la résidence, au centre-ville de Châteauguay. Chaque soir, il marche dans le secteur, dit-il. Son toit lui apporte bien plus. «Par exemple de cultiver un jardin, d’avoir de belles fleurs chaque été, d’apprendre à bricoler avec de nombreux outils et même de changer l’huile de ma voiture moi-même», relate-t-il.

Une remise pour remplacer la maison

L’avis public visible sur le lot fait état du projet, soit la démolition de la maison habitée par M. Corbeil suivie de la construction d’une remise au même endroit. Les personnes s’opposant à la démarche peuvent manifester leur intention par écrit au greffier de la Ville de Châteauguay au plus tard le 2 juillet. Le comité, qui décidera du sort de la maison, se réunira le 7 juillet. Si une personne est intéressée à acquérir l’immeuble et ainsi conserver «le caractère patrimonial ou locatif résidentiel», elle doit signifier son intention auprès du greffier avant que le comité ne rende sa décision.

En 2023, le lot a été vendu à un nouveau propriétaire, l’entreprise HC Habitation. M. Corbeil demeure le seul occupant.

Travaux d’une grande ampleur

L’entreprise HC Habitation dit respecter le patrimoine. Manque d’alimentation en eau indépendante, absence d’une fondation conventionnelle… la résidence de la rue Alexandre-Bourcier nécessiterait des travaux «dont l’ampleur équivaudrait essentiellement à une reconstruction complète» pour assurer sa conformité aux «normes modernes de sécurité et d’habitabilité».

Le promoteur explique être limité en matière d’occupation sur le site de la résidence. Les options, en fonction du zonage, se résument en «une remise à portes multiples, une remise à porte simple ou un espace de stationnement». «Nous ne démolissons pas un logement pour construire quelque chose de plus rentable. Il n’y a aucun avantage à tirer de ce terrain. Nous procédons simplement au retrait d’une structure structurellement déficiente et non conforme, car c’est la marche à suivre responsable et légalement requise», soutient Vanessa Willett, représentante de HC Habitation.

Le propriétaire souligne être transparent à l’endroit de M. Corbeil et l’avoir informé de la démolition éventuelle de la résidence dès son acquisition.

Le propriétaire rénove l’immeuble à logement. Des conteneurs, similaires à celui-ci, se succèdent sur le terrain depuis juillet 2024, selon M. Corbeil. (Photo : Le Soleil – Marie-Josée Bétournay)

Tout pour conserver son toit

Éric Corbeil fait tout en son possible pour conserver son toit. Il s’est tourné vers le Comité logement Rive-Sud, un organisme se portant à la défense des droits des locataires, a reçu la visite de la conseillère municipale de son district, travaille de pair avec une avocate depuis quelques années et partage son histoire sur les réseaux sociaux. Il espère convaincre les internautes de s’opposer au projet. «C’est aussi pour sensibiliser les gens sur les évictions. Cela continue et pourrait arriver aussi à des gens sans défense et vulnérables», poursuit le locataire.

Vivre en logement entouré de voisins n’intéresse pas M. Corbeil. Crise du logement oblige, le résident de Châteauguay avoue ne pas être en mesure de payer un loyer mensuel de 1700 $ par mois. «Je ne peux retrouver une maison avec une galerie, un petit terrain, un grand cabanon, des fleurs et une tranquillité. De plus, les petites maisons à louer sont très rares et s’il y en a une, c’est minimum 2000$ par mois», indique-t-il.

Le comité consultatif d’urbanisme (CCU) de la Ville de Châteauguay est favorable au projet. Le dossier suit son cours auprès du comité de démolition. La suite? Outre l’affichage de l’avis public sur le terrain du lot et sa publication sur le site de la Ville le 22 juin, soit au moins 15 jours avant la rencontre du comité de démolition du 7 juillet, l’avis a été acheminé au ministère de la Culture et des Communications.

«Le comité doit également tenir une audition publique et consulter le conseil local du patrimoine avant de rendre sa décision. […] Le comité tient également compte des oppositions reçues avant de rendre sa décision», explique Sarah-Maude Geneau, conseillère aux communications à la Ville de Châteauguay.

Outre la résidence de la rue Alexandre-Bourcier, bâtie «vers 1910», Châteauguay a publié deux avis publics sur son site le 22 juin concernant la démolition de deux autres bâtiments. Celui situé au 10, rue Duranceau pourrait fait place à un duplex, indique la Ville, et celui érigé au 347A-347B, boulevard D’Youville pourrait être remplacé par trois immeubles résidentiels de six logements chacun.