Une cinquantaine de manufacturiers du Québec ont convergé vers la compagnie CMP à Châteauguay mardi matin, qui leur a été présentée comme un modèle d’usine «intelligente».

L’activité était organisée par STIQ, une association d’entreprises québécoises visant l’amélioration de la compétitivité, en collaboration avec la firme de génie conseil Merkur.

Réunis dans une salle, les participants ont d’abord eu droit à un exposé sur la productivité 4.0 centrée sur l’«internet des objets» présenté par Éric St-Laurent, directeur optimisation technologique et Pascal Vachon, chargé de projet industrialisation chez Merkur.

Pour eux, le virage est nécessaire pour améliorer la compétitivité des manufactures québécoises dans la mesure où chacune ne fabrique plus un seul produit mais une multitude. «Ici, on fait maintenant du bonbon mélangé. Robotiser une usine qui fait du bonbon mélangé, ce n’est pas simple», a illustré M. Saint-Laurent.

CMP constitue un bel exemple de diversification de la production. Spécialisée dans la transformation de métal en feuille, elle produit actuellement 14 000 pièces différentes qui entrent dans la composition de 1700 produits, fait part John Soares, vice-président exécutif de l’entreprise. Des produits destinés à l’industrie médicale, du transport et autres qui exigent un haut degré de qualité, dont CMP a fait sa marque de commerce, laisse entendre M. Soares.

«On se concentre sur les nouvelles industries comme la sécurité, les portails, les systèmes de wifi public, l’automatisation d’entrepôt, et on réussit à augmenter notre chiffre d’affaires de 25 % par année», souligne Steve Zimmerman, président de CMP.

De Nortel au dollar fort

Achetée en 1972 par le regretté Hans Zimmermann, père de Steve, CMP a réussi à passer à travers plusieurs tempêtes comme la perte de son principal client Nortel et le dollar canadien fort en misant constamment sur l’amélioration technologique. Les investissements étant importants, «à court terme, c’était douloureux», reconnaît John Soares.

Son propre système

CMP a commencé à développer «l’intelligence» de sa production il y a quatre ou cinq ans. Elle a mis au point son propre système, n’en trouvant pas sur le marché, explique M. Soares. Celui-ci a été baptisé «VKS» et est adaptable à toute entreprise, fait valoir le vice-président exécutif.

Concrètement, le système relie machines, ordinateurs et humains. À l’aide de schémas affichés en temps réel sur des écrans, il indique quoi faire aux opérateurs d’appareils de fabrication. «Si on oublie de fixer un élément à cette structure très complexe au moment approprié, c’est très difficile de l’ajouter une fois qu’elle est terminée», illustre M. Soares devant un boîtier de métal complexe destiné au métro de Montréal. Le système limite donc le risque d’erreur. Aussi, il garde en mémoire toutes les opérations. Il peut donc les répéter si le même article est commandé quelques mois ou années plus tard. Les données peuvent aussi servir à informer le client sur le processus de fabrication d’une pièce en particulier, informe M. Soares.

Suivi en temps réel

Le système permet aussi aux gestionnaires de suivre la production de chaque employé en temps réel sur des écrans. La formule permet de réagir rapidement en cas de problème de baisse de production, observe M. Soares. Et, selon lui, les employés apprécient. «Les gens utilisent ça comme un outil pour s’améliorer», dit-il. Ça permet aussi d’appuyer l’évaluation des employés sur des données concrètes, observe-t-il.

Le virage a aussi dégagé les employés de certaines tâches comme le remplissage de rapports. «Le soudeur, on veut qu’il soude, on ne veut pas qu’il remplisse des papiers», a imagé Philippe Blais, vice-président aux opérations. Les gains de productivité ont atteint, selon lui, de 30 à 40 %.

Pas seulement pour les usines

Le concept VKS est adaptable à n’importe quel type de travail effectué par étapes, laisse voir M. Soares, et son utilité ne se limite pas aux manufactures. «Dans un hôtel, par exemple, la femme de ménage peut suivre la séquence de nettoyage sur son iPad», illustre-t-il.

Ainsi, après l’avoir développé à l’interne, CMP a commencé à commercialiser son système VKS en 2013.