L’adolescence, on en parle peu. Pourtant, c’est une période qui peut secouer une famille jusqu’aux fondations. Dans cet épisode du Temps d’une sieste, Audrey Gélinas reçoit Valérie Gibbaud, auteure du livre Quand mon ado dérape, publié aux éditions de l’Homme. Valérie y raconte avec une franchise désarmante les années tumultueuses qu’elle a traversées avec son fils — judiciarisé à 15 ans — et ce qu’elle a appris de cette tempête qui, un moment, semblait ne jamais vouloir se calmer.


« Peu importe ce que tu vas faire, peu importe si je ne suis pas d’accord, je serai toujours là. Ne lâche pas sa main. » — Valérie Gibbaud, auteure de Quand mon ado dérape


On parle souvent des enjeux de la petite enfance, du fameux 0-5 ans. Mais qu’arrive-t-il quand notre enfant grandit et commence à faire des choix qui nous font peur, qui nous ébranlent, qui vont à l’encontre de tout ce qu’on lui a enseigné? La crise d’adolescence normale et la véritable détresse d’un ado en difficulté : comment faire la différence? Valérie explore cette question avec une honnêteté rare, en rappelant que le comportement de nos ados n’est pas un verdict sur notre valeur comme parent.

L’épisode aborde aussi les signes avant-coureurs à guetter — manque de confiance en soi, opposition constante, absence totale de passions, prises de risques excessives dès l’enfance — et l’importance cruciale de consulter tôt, sans attendre la crise. Les ressources existent : travailleurs sociaux, psychoéducateurs, organismes communautaires. Mais encore faut-il savoir qu’ils sont là et oser tendre la main.

Ce qui touche profondément dans cet échange, c’est la question du lien. Préserver la relation avec son ado, même dans la tempête, même quand on ne comprend pas ses choix, même quand on est épuisée et à bout de ressources : c’est le fil conducteur de toute la conversation. Kyla Rodrigue, spécialiste de l’adolescence et co-auteure du livre, a rappelé à Valérie cette consigne essentielle : ne lâche pas sa main.

On parle aussi de honte — celle que portent silencieusement les parents d’ados en crise — de surprotection, de réseaux sociaux, de l’influence des pairs, et de la pression absurde de la parentalité parfaite. Valérie a aussi appris, à travers tout ça, à mettre des limites, à s’écouter, et à accepter qu’une bonne mère n’est pas une mère sans failles, mais une mère qui fait de son mieux avec amour.

Un épisode courageux, profondément humain, qui donne des outils concrets et, surtout, beaucoup de réconfort à ceux et celles qui traversent l’adolescence en se sentant seuls.