Au sein de l’Association des professeurs de Lignery (APL), tout près d’un enseignant sur deux a été victime de violence au début de l’année scolaire 2024-2025. Oui à une intervention au moment de la crise, mais prévenir les gestes serait idéal, soutient Martine Provost, présidente de l’Association.

Cette donnée découle de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) à la suite d’une consultation auprès de ses membres, du 17 mars au 1er avril 2025. Les chiffres révèlent également que 84,6 % des enseignants victimes de violence ont été visés par les actes d’un élève et 24,8 de parents.

Les victimes ont dénoncé de la violence verbale (79,5 %), physique (44,4 %) et psychologique (44,4 %). Elles ont été confrontées à cette violence au moins une fois par mois (61,5 %) et au moins une fois par semaine (38,4 %).

Ces chiffres ne surprennent pas Mme Provost. La présidente de l’APL dit recevoir plusieurs appels d’enseignants s’informant sur la manière d’agir lors d’une situation violente et obtenir de l’aide. L’APL représente le personnel enseignant des écoles du Centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries.

Martine Provost. (Photo : gracieuseté – Christyna Mérette)

En entrevue au balado Ceci n’est pas une revue de presse de Gravité Média, Jean-François Guilbault, président du Syndicat de Champlain (CSQ), estime à plus de 10 000 le nombre de cas d’agressions et violences depuis 2024 envers le personnel scolaire. Le Syndicat représente les enseignants du Centre de services scolaire de la Vallée-des-Tisserands notamment.

Lancer, détruire

Les actes de violence s’avèrent visibles dès la maternelle. Les tout-petits lancent des objets et détruisent du matériel, énumère Martine Provost. Chez les élèves de 6e année du primaire et du secondaire, la violence envers le personnel enseignant se traduit par de l’intimidation, des insultes et des menaces de mort.

La violence impacte le personnel enseignant, mais également les élèves. «Si j’ai un enfant qui commet un acte de violence, verbale ou physique, les autres élèves sont là. Ils voient, vivent ces manifestations violentes. On en est imprégnés, on peut vivre de l’anxiété, on peut imiter ces manifestations. Ça devient un cercle vicieux», explique Mme Provost.

Réduire la violence

Les deux syndicats s’entendent : une réduction de la violence est possible. L’Association des professeurs de Lignery privilégie la prévention. Le personnel de soutien des écoles primaires planifie des activités avec les tout-petits travaillant l’estime de soi, la façon de s’adresser aux autres et la gestion des émotions. Or, les ressources humaines manquent. «On demande d’avoir plus de personnel professionnel [psychologues, psychoéducateurs, orthophonistes] et de soutien [techniciens en éducation spécialisée, préposés aux élèves handicapés]», dit Mme Provost. Le temps manque également pour organiser des activités. Le personnel s’affaire davantage à «éteindre des feux» plutôt que de prévenir.

De son côté, le Syndicat prône la cohérence et la constance. «Il faut agir toujours de la même manière et de façon constante pour que le message passe dans le milieu et la pression tombe», affirme M. Guilbault. Cohérence et constance représentent un travail collectif. «La violence ne naît pas à l’école, elle s’y invite, dit le président du Syndicat. Tous les acteurs de la société doivent s’en mêler et porter un même message. Si on ne le fait pas ensemble, toutes les solutions apportées vont tomber à l’eau.»

Non à la violence

La violence ne sera jamais acceptable, soutient l’APL. Depuis janvier, des protocoles-écoles se mettent en place progressivement dans les établissements d’enseignement du Centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries. «On s’entend dans l’école sur la manière de fonctionner lorsqu’arrivent des situations», résume celle qui a déjà agi comme technicienne en éducation spécialisée auprès des jeunes. Des protocoles élèves, adaptés aux besoins de chacun, sont en place également afin de «mieux observer les éléments précurseurs, agir en amont».

Expliquer un comportement convient. L’excuser, c’est autre chose. «Un enfant apprend par l’exemple. Il faut qu’il y ait un bout de conséquence aux gestes qu’on pose», croit M. Guilbault.

Le Service de police de Châteauguay ne note pas une augmentation de la violence envers le personnel en milieu scolaire sur le territoire qu’il dessert, mentionne Marc-Olivier Chatelois, agent aux relations communautaires et médias au sein du corps policier.

Dans les cas de violence, les patrouilleurs interviennent dans les écoles et rédigent un rapport sur l’événement. «Advenant qu’un membre du personnel veuille porter plainte, il pourrait y avoir des accusations portées contre les auteurs. Des références [ressources] peuvent également être données», explique-t-il.  

L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2022-2023 révèle que quatre élèves sur dix ont été victimes de violence. Le Service de police de Châteauguay se rend dans les écoles de son territoire pour sensibiliser les jeunes à la violence. Des présentations dans les classes, des interventions et soutien au personnel s’ajoutent. «Plusieurs kiosques sont faits également en partenariat avec des organismes du territoire pour faire de la prévention et sensibiliser les jeunes sur les infractions criminelles et les conséquences», conclut M. Chatelois.