La noyade d’une adolescente au dangereux barrage de la rivière Châteauguay a dévasté ses proches en 1944. Cécile Dumouchel est la première de six victimes de l’endroit. 76 ans plus tard, son souvenir est toujours présent dans sa famille. La blessure aussi.

Nièce de la victime et portant le même nom, Cécile Dumouchel témoigne du traumatisme. « Ça a touché toute la grande famille. Les Dumouchel, les Seers, les Pitre, les Reid, on fait tous partie de la même famille. Ça a touché tous les parents et les enfants aussi. Tout le monde se souvient de Cécile Dumouchel décédée à la dam », raconte-t-elle en entrevue au Soleil de Châteauguay dans sa maison au bord de la rivière à Châteauguay.

Cécile Dumouchel montre une photo de son grand-père

Père de la regrettée Cécile, Adrien Dumouchel est mort trois mois après sa fille. Cécile Dumouchel raconte qu’un frère de son grand-père, Roméo Dumouchel, qui habitait au Connecticut, est revenu auprès de lui pour essayer de le réconforter. En vain. «Il n’y avait rien à faire avec mon grand-père. Il ne faisait que pleurer. Trois mois après, il est décédé. À l’âge de 53 ans. Il est décédé de peine, de remords, de ne pas avoir été présent lors de l’accident. Ç’a été, dans le temps, toute une tragédie », confie-t-elle.

Des articles parus en 1944

« Ç’a été l’angoisse, ç’a été l’incompréhension, c’était un drame, c’était une tragédie, poursuit-elle. Le fait que mon grand-père soit décédé de peine, de chagrin, après trois mois, ça a laissé des marques dans toute cette grande famille là. »

Hommage à sa tante

Cécile Dumouchel a vu le jour après le drame, en 1946. Ses parents, André Dumouchel et Aline Bourcier, lui ont donné le nom de sa tante. « J’étais la première fille qui venait au monde après le décès. C’était en son honneur. Cécile a toujours été présente dans la vie de mes parents, de mes grands-parents. C’était un honneur pour moi de porter son nom. »

Article paru en 1944

Souvenirs

Même si elle ne l’a pas connue, Cécile Dumouchel conserve précieusement la mémoire de sa tante décédée à 17 ans en 1944. Une boîte de bois reposait sur ses genoux lors de l’entrevue avec Le Soleil de Châteaugay le 18 août. Elle contient des articles de journaux de l’époque relatant les terribles événements. Ses parents les lui ont confiés.

Au pied de l’escalier, une photo en noir et blanc montre Adrien Dumouchel et sa fille Cécile. « Ça fait 35 ans que j’habite la maison, ça fait 35 ans que la photo est là », souligne Cécile Dumouchel.

Le barrage dangereux

Sécuriser le barrage

Cécile Dumouchel a contacté Le Soleil de Châteauguay à la suite de la publication d’articles concernant le barrage lié au parc Valérie Fournel, du nom de la sixième victime. La Ville a ajouté en juillet des enseignes prévenant du danger de noyade sur le site. Pour elle, ce n’est pas suffisant. « Les pancartes, ce n’est pas suffisant. Les enfants font fi des pancartes. Encore aujourd’hui, il y a encore du monde qui passe. Même mes enfants ont été sur la dam. Ils passaient même en bicycle. C’est très, très, très dangereux et pratiquement tous les enfants du quartier vont là. »

Au moment d’écrire ces lignes, on déplore 71 noyades au Québec, dont 12 enfants de moins de 6 ans. Autant de familles qui vivent un immense traumatisme.

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