L’été dernier, la Ville de Châteauguay a mandaté la firme Raymond Chabot Grant Thornton pour faire une étude sur la santé commerciale sur son territoire. On y apprend que les fuites commerciales – les ventes effectuées à l’extérieur de la ville – représentent un montant de 332,3M$ et sont principalement faites au Quartier DIX30 à Brossard, à Saint-Constant, Sainte-Catherine ou Candiac. Pour acheter davantage localement, les consommateurs aimeraient voir une plus grande variété dans l’offre commerciale.

C’est d’ailleurs un des principaux constats qui ressort du diagnostic: plus de la moitié des répondants sont «peu ou pas du tout satisfaits» de l’offre commerciale, de la variété des commerces et de l’allure des devantures. 

La firme a sondé près de 600 personnes incluant 72 commerçants à l’été 2025 pour effectuer son diagnostic.

Peu de magasins de mode et pour la maison

Parmi les raisons qui expliquent pourquoi les gens consomment ailleurs qu’à Châteauguay, 26 % des répondants disent préférer l’offre commerciale des villes avoisinantes et 23 % fréquentent un commerce ou un service en particulier qui se trouve à l’extérieur de Châteauguay.

«La présence du Quartier DIX30 à Brossard peut expliquer les fuites commerciales relatives à différents types de commerces, dont les magasins de mode», indique-t-on dans le rapport de Raymond Chabot Grant Thornton.

Les fuites commerciales les plus élevées se trouvent dans les magasins de biens pour la maison (84%), les magasins de mode (76%), les magasins d’articles de sport et de passe-temps (75%), les salles de sport (70%) et les restaurants à service complet et bars (65 %). Ces mêmes catégories de commerce représentent toutefois un potentiel de développement, selon la firme.

Il y a une demande des consommateurs pour une offre plus variée de restaurants, dont certains haute gamme. L’offre est limitée en ce moment pour les magasins de mode et de biens de la maison.

vue sur les voies du boulevard D'Anjou avec les véhicules.
Le boulevard D’Anjou est le plus fréquenté par les consommateurs, mais on critique l’allure des devantures. (Photo : Le Soleil – Denis Germain)

La Ville de Châteauguay souhaitait avoir un portrait détaillé de l’offre commerciale et des différents enjeux sur son territoire pour renforcer le développement commercial en fonction des résultats. Ces derniers n’ont pas beaucoup surpris le maire Éric Allard, notamment par rapport au manque de variété des commerces.

Fréquenter ses commerces locaux

«C’est vrai qu’on a ces manquements-là dans la ville et c’est vrai qu’il faut continuer à travailler pour réussir à attirer les commerçants à venir s’établir, mais on a absolument besoin que les citoyens soient là pour nos entreprises locales. Sinon ça ne pourra pas s’améliorer», commente-t-il. Il martèle le message d’encourager les commerces locaux plutôt que de miser seulement sur l’achat en ligne ou des grandes chaines extérieures.

Il cite en exemple les services de prêt-à-manger. Plutôt que de se tourner vers certaines marques comme Good Food ou Wecook, le maire rappelle qu’il existe des options locales comme le service de traiteur Mélanie Lacasse ou L’expérience Chic chef.

Depuis son élection à la mairie en 2021, Éric Allard fait une tournée d’entreprises et la partage sur ses réseaux sociaux. Il considère que les citoyens doivent prendre le temps d’explorer l’offre.

«J’avais fait un post sur le restaurant Kenkomi. Il y a plein de gens qui ne le connaissent pas et qui disent qu’il n’y a pas d’offre. Une dizaine de personnes m’ont dit qu’ils sont allés l’essayer par la suite parce que j’avais fait un post», indique-t-il.

«Ce n’est pas vrai qu’il y a juste des pizzérias à Châteauguay. Oui, il y en a beaucoup, mais elles fonctionnent parce que les gens y vont. En même temps, on en a d’autres types de commerces qui sont intéressants.»

La Ville de Châteauguay a commencé à partager sur ses réseaux sociaux les nouvelles entreprises qui s’établissent sur son territoire. «J’espère qu’on va leur donner une chance», espère le maire.

Le constat est similaire pour David Bergeron, directeur de la Chambre de commerce du Grand Roussillon. «En restauration par exemple, il y a une belle offre, mais souvent, les gens ne prennent pas le temps d’analyser comme il faut, de faire le tour et de l’ essayer», mentionne M. Bergeron.

Les commerces de proximité membres de la Chambre, qu’ils soient de Châteauguay ou non, expriment avoir de la difficulté avec la compétition de l’offre numérique. «De plus en plus de gens peuvent commander plein de choses dans le confort de leur foyer, puis se faire livrer tout ça le lendemain», rappelle David Bergeron.

Les consommateurs aiment aussi pouvoir faire un seul arrêt et trouver tout ce dont ils ont besoin. Comme le Centre régional de Châteauguay compte de moins en moins de boutiques ouvertes, cela rend le site moins attrayant et les gens vont ailleurs. «Le Centre régional n’est malheureusement plus un acteur clé dans l’offre commerciale de Châteauguay», exprime M. Bergeron.

Il salue les initiatives de la Ville de Châteauguay pour stimuler le commerce et soutenir ses commerçants. Un comité a été créé réunissant des entreprises de détail, des industries, des élus, la Chambre de commerce. L’objectif est de créer des liens entre les entreprises et de trouver des façons d’améliorer et structurer l’offre commerciale. Deux activités de maillage ont eu lieu jusqu’à maintenant.

Éric Allard souligne également qu’une personne dédiée au développement économique a été embauchée par la Ville. Elle est d’ailleurs responsable de l’organisation de ces événements et fait le lien avec d’autres instances comme la MRC qui est aussi dédiée au développement économique.

Le directeur général de la Ville de Châteauguay Karl Sacha Langlois est confiant que des commerces vont davantage s’intéresser au marché de Châteauguay puisque la Ville est en développement, notamment sur le plan résidentiel. «Quand on voit que Winners vient s’installer chez nous, qu’on a un réalignement de Tim Hortons dans le secteur [près de l’Aubainerie], tranquillement tu commences à créer cette effervescence-là et les promoteurs sentent que la ville est engagée, explique-t-il. Un investisseur ne rentrera pas dans une ville s’il ne sent pas que sa ville est engagée, s’il ne sent pas que sa ville a une vision.»

Est-ce qu’il est trop tard, par exemple pour le redéveloppement du centre régional et le développement du Faubourg Châteauguay ? «Je ne pense pas qu’il est trop tard, mais je pense qu’il faut qu’il y ait de la bonne volonté quelque part», répond Éric Allard.