Les terrains propriété d’Hydro-Québec à la hauteur de la centrale hydroélectrique à Beauharnois, ont été longtemps le refuge de centaines de mouettes durant la belle saison. Le résident de Léry, Richard Boursier, se questionne sur l’absence de cette espèce, le goéland à bec cerclé de son vrai nom.

«Normalement il y en a près d’un millier. Que se passe-t-il?» demande-t-il.

Richard Boursier a communiqué avec la Ville de Beauharnois. Elle indique que les goélands s’avèrent habituellement nombreux à ce moment de l’année. Beauharnois ne note aucun problème relatif à l’environnement pour expliquer leur départ. «Leur présence peut varier selon plusieurs facteurs naturels, notamment les conditions météorologiques, la disponibilité de nourriture et leurs habitudes de reproduction», explique-t-elle.

Du côté du Club des ornithologues de Châteauguay, son président Sylvain Murphy dit ne pas avoir été avisé de l’absence de l’oiseau à Beauharnois. «Nous savons que les goélands à bec cerclé nichaient sur la pointe de terre devant le barrage d’Hydro-Québec, mais nous ne connaissons pas la raison pour laquelle ils ne sont pas là cette année», affirme-t-il.

Aucun dénombrement

Hydro-Québec reconnaît la présence habituelle du goéland près de ses installations et des ponts de la route 132 à Beauharnois.

Impossible de savoir leur nombre.  «Hydro-Québec ne fait pas d’étude», mentionne Julie Robert, conseillère relations avec le milieu au sein de la société d’État. Elle ajoute ne pas tenir un «registre particulier» déterminant depuis quand les oiseaux se réfugient à cet endroit.

Le Soleil n’a pas réussi à obtenir des réponses relatives aux raisons motivant leur absence. Hydro-Québec réfère le Journal au Service canadien de la faune/Environnement et Changement climatique Canada, spécialisé dans l’étude du goéland à bec cerclé. Le Soleil a écrit à l’organisme fédéral.

Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) ignore l’absence de goélands à Beauharnois.  L’oiseau peut être appelé à changer de site de nidification pour y revenir quelques années plus tard, avise Hannah Boonstra, conseillère principale en communication chez Environnement et Changement climatique Canada.

L’organisme fédéral mentionne que les goélands à bec cerclé ont été observés sur les terrains d’Hydro-Québec à Beauharnois en 1989 d’abord. Ils étaient près de 1200 adultes en compagnie de poussins. Dans ses données, l’ECCC évaluait à 7032 le nombre de couples nicheurs en 1991. «Par la suite, le suivi régulier du Ministère a documenté une croissance lente de la colonie, jusqu’à un maximum de 13 888 couples en 2016. Cependant, lors du dernier inventaire mené en 2023, une baisse de près de 40 % de la taille de la colonie a été observée», explique Mme Boonstra.

Les terrains d’Hydro-Québec assurent à l’espèce venue se reproduire des sources de nourriture et des aires de repos à proximité de cours d’eau tout en leur assurant un abri contre les prédateurs. «Ils sont bien protégés des mammifères prédateurs, renards, ratons-laveurs, ou même chats et chiens errants, [les terrains] étant partiellement clôturés et partiellement entourés d’eau. D’autre part, la végétation basse, le relief plat des îlots et la proximité de l’eau sont des avantages très appréciés des goélands», poursuit Mme Boonstra.

Capture d’écran d’un extrait de l’épisode de la série Éco du Suroît. (gracieuseté – André Desrochers, cinéaste)

Le cinéaste André Desrochers parle de l’omniprésence des goélands à Beauharnois dans un épisode de la série Éco du Suroît diffusé à la fin des années 1980 et dans le film Les Saisons du Suroît sorti au début des années 2000. Dans l’épisode de la série Éco du Suroît, M. Desrochers raconte que les goélands quittaient librement les terrains d’Hydro-Québec pour se retrouver bien souvent sur la chaussée de la route 132. Plusieurs oiseaux sont décédés, frappés par des automobilistes. À la fin des années 1980, un travailleur était attitré au ramassage des carcasses de goélands.