Le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Châteauguay est attristé de la division des membres au sein du regroupement provincial qui le représente. L’organisme de Châteauguay s’oppose à la position du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) au Québec d’appuyer à la fois la légalisation et l’abolition de l’industrie du sexe. Pour cette raison, le Centre d’aide a quitté le regroupement le 23 septembre.
L’organisme parle d’une «dissolution» du RQCALACS reconnu pour lutter pour éradiquer la violence sexuelle de la femme. Il y voit «un recul concret pour les droits des femmes», laisse-t-il entendre dans une lettre d’opinion.
Le Regroupement a pris cette décision lors de l’assemblée générale annuelle, en juin. Légiférer, c’est voir «le travail du sexe comme un travail comme les autres», en adoptant des lois et mettant en place des programmes sociaux, indique Jade Mathieu, intervenante sociale au CALACS Châteauguay.
Pour Mme Mathieu, l’exploitation sexuelle est reliée à «un continuum de violence faite aux femmes» sur les plans sexuel, physique, psychologique et économique. Les femmes commencent majoritairement dans cette industrie alors qu’elles sont mineures, exprime-t-elle. Plusieurs d’entre elles ont vécu des abus sexuels durant leur enfance. Les groupes marginalisés, comme les Peuples autochtones, sont omniprésents. Le CALACS considère l’industrie du sexe «enracinée dans la discrimination socio-économique, sexiste, raciste et coloniale».
Jade Mathieu souligne que vivre de l’industrie du sexe ne constitue pas un choix, pour la grande majorité des femmes. Au contraire, les femmes s’y retrouvent souvent «par manque de choix». À l’issue de discussions avec la clientèle du CALACS Châteauguay, l’intervenante sociale retient une chose : «certaines survivantes de l’industrie du sexe qui s’en sont sorties pensaient que c’était leur choix, mais réalisent plus tard que plusieurs facteurs les ont menées là. Plus souvent qu’autrement, ces femmes vont vivre des traumas à répétition. On sait l’impact traumatique sur le corps, le cerveau. Elles sont constamment en mode survie», confie-t-elle.
Si l’organisme de Châteauguay considère l’industrie du sexe axée sur l’exploitation de la femme, les intervenantes accompagnent toutes les femmes en fonction de leur rythme et de leurs besoins, sans jugement et en respect de leurs choix, conclut Mme Mathieu.
Réflexion du regroupement
Dans une publication sur sa page Facebook, le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel précise que le tournant vers cette nouvelle vision a nécessité «une année de réflexion collective et d’une démarche démocratique rigoureuse» avec ses membres. Par ce geste, le regroupement dit réaffirmer sa raison d’être, soit lutter «contre l’exploitation sexuelle, et toute forme de coercition». La reconnaissance des réalités émanant de l’industrie du sexe s’ajoute.
«Si une grande majorité des personnes y vivent des situations de domination, d’exploitation et de violences structurelles, il est important de reconnaître également l’importance de la parole, de l’agentivité et du droit à la dignité des personnes concernées», affirme le regroupement. Le CALACS Châteauguay reconnaît également ces trois volets, dit-il. Il s’oppose à l’industrie «dans une critique des systèmes globaux et de leurs impacts sur la grande majorité des personnes» et non aux femmes et personnes la composant.
Le CALACS Châteauguay n’est pas le seul à avoir quitté le regroupement. Des 20 membres du regroupement, 8 se sont retirés, peut-on lire également sur la page Facebook du RQCALACS.


