Le procès de Jean-Frédéric Pinard-Decelles, accusé de conduite dangereuse d’un aéronef et d’avoir causé des lésions corporelles à une personne, s’est ouvert le 16 mars au palais de justice de Longueuil. Maxime Landry, passager de l’avion qui s’est écrasé le 21 avril 2023 à Saint-Rémi, a livré sa version des faits de l’accident, mais a aussi expliqué les blessures subies.
L’homme de 34 ans a été hospitalisé pendant trois mois et demi, dont 40 jours aux soins intensifs. Il a dû être opéré à 25 reprises jusqu’à présent, notamment pour procéder à l’amputation d’une jambe.
Devant le juge Serge Delisle, Maxime Landry s’est présenté cagoulé d’un équipement médical de compression protectrice.
«Mes souvenirs de l’hôpital ne sont pas agréables, a-t-il exprimé. Mes proches, pendant 40 jours, ne savaient pas si j’allais survivre. J’étais tout cassé. Je ne peux pas trouver de mots pour décrire la douleur. Ça se subit.»
Son dossier médical tient sur des milliers de pages. Sa guérison n’est pas complétée alors que six autres opérations sont prévues.
«C’est tout un processus médical par étapes. Ma femme a été exceptionnelle», a-t-il ajouté avec émotion.
Il était le premier de 12 témoins à être entendus au cours du procès prévu pour une durée de 10 jours.
Comme dans un manège
Le pilote et le passager se connaissaient depuis leur jeunesse mais ont noué une relation uniquement un an avant l’accident.
Leur passion commune des chevaux les avait réunis.
Depuis, ils se fréquentaient une ou deux fois par mois. M. Pinard-Decelles, 33 ans, parlait d’aviation, ce qui avait suscité un intérêt chez M. Landry.
«Il m’avait écrit qu’il avait son permis commercial et qu’il donnait des formations, a laissé savoir M. Landry. Il disait détenir des compétences. J’en avais confiance.»
Avant le vol tragique décollé de Saint-Urbain-Premier le 21 avril 2023, les deux hommes avaient volé ensemble. Des trajets qui s’étaient bien déroulés.
Le jour de l’accident, Maxime Landry a fini par prendre la place de la conjointe du pilote qui a eu un empêchement.
«Durant le vol, ça s’est fait très vite, a-t-il rappelé. Il avait son téléphone en main. Il est descendu bas et en vitesse puis il l’a refait plus vite et plus bas. Puis je me suis réveillé à l’hôpital.»
À l’aide d’un modèle réduit, il a fait une démonstration du vol tel qu’il s’en souvient.
Le premier passage était à basse altitude, ce qui ne permettait toutefois pas de distinguer des visages. Les deux hommes dans l’appareil de type Cessna ont néanmoins envoyé des signes de main pour les saluer.
Les différents passages ont aussi été tels que Maxime Landry dit avoir ressenti des sensations comme s’il se trouvait dans un manège.
La thèse du «spectacle»
Plus tard, une participante à un rassemblement au sol à Saint-Rémi est venue indiquer qu’un homme au sol avait été en contact avec le pilote de l’aéronef. Leur discussion aurait tourné sur la notion de «spectacle» aérien.
L’avion aurait accroché des fils électriques pour ensuite s’écraser sur le toit d’une voiture. Un incendie s’était alors déclaré et les flammes avaient aussi gagné une résidence.
La version du «spectacle» défendue par la Couronne rejoint la thèse soutenue dans le rapport du Bureau de sécurité dans les transports (BST), document déposé en 2023.
Jean-Frédéric Pinard-Decelles était alors un élève-pilote qui volait depuis moins d’un an. Son permis lui interdisait toutefois de transporter des passagers.
Me Karine De Conninck et Me Vincent Huet représentent le ministère public tandis que Me Robert Bellefeuille défend l’accusé.
