«Tabarnak, il a tiré sur le manche», aurait été les premiers mots répondus à une infirmière par Jean-Frédéric Pinard-Decelles à son réveil après un mois et demi de coma. Accusé de conduite dangereuse d’un aéronef, le pilote avance plutôt que l’avion connaissait des ratés et que Maxime Landry, le passager du vol du 21 avril 2023, s’est interposé aux commandes de l’appareil.
Cette journée, le pilote avait convenu qu’il volait et M. Landry était son passager. Une belle journée de printemps avec une météo favorable.
Avant de prendre place dans l’habitable, M. Pinard-Decelles dit avoir procédé aux vérifications d’usage et au test d’essence. Fidèle à ses habitudes et aux recommandations qui lui ont été enseignées.
Le parcours devait être celui de routine. Une boucle qui partait de la ferme Dubuc à Saint-Urbain-Premier et qui survolait Mercier et Saint-Rémi.
À un certain moment, le pilote a senti ce qui lui est apparu comme un «semblant de raté».
«Le moteur ne virait pas comme d’habitude, a-t-il exprimé. J’ai activé le réchauffe carburateur, 1-2 minutes comme suggéré.»
Le phénomène est toutefois revenu à plus d’une reprise dont de façon drastique au-dessus des éoliennes.
«J’ai fait mes vérifications du tableau de bord et j’ai testé les magnétos, a-t-il poursuivi. J’ai aussi perdu de l’altitude, mais je demeurais au moins 700 pieds en haut des éoliennes.»
La situation est telle qu’il a évalué ses options pour un atterrissage. Il a effectué un premier virage large duquel l’appareil réagit bien.
Mais les ratés reviennent. Au point où l’accusé opte pour aller vers chez lui, où il connaît bien les champs. Au moment d’amorcer un deuxième virage, plus bas, après avoir tout vérifié, M. Pinard-Decelles avance que Maxime Landry a tiré sur le manche en criant.
«J’ai senti l’avion qui allait décrocher, décrit le pilote. J’ai appuyé sur le palonnier et j’ai tiré le manche le plus fort possible. J’ai senti l’avion reprendre son assiette [retrouver sa stabilité]. Mais en une fraction de seconde, j’ai entendu un bruit et je ne me rappelle plus rien.»
Givrage
L’accusé a vécu une longue hospitalisation au cours de laquelle il a été plus d’une fois dans le coma.
Ses blessures sont multiples, que ce soit des fractures aux jambes, aux bras et aux côtes, un traumatisme au cœur. Les intestins et un poumon ont été perforés et il a subi un traumatisme crânien.
Les médecins ont pensé que l’accusé ne serait plus capable de marcher.
Sa mémoire est aussi affectée.
Fin novembre 2023, au moment où il se sentait plus alerte, M. Pinard-Decelles a cherché à s’informer sur ce qui s’était passé.
Il a décrit le vol du 21 avril à un homme rencontré dans une école de pilotage de Saint-Jean-sur-Richelieu. Cet individu, qu’il avait déjà rencontré, lui a parlé de givrage et lui a remis un document explicatif sur les effets d’une telle situation.
Pas d’acrobaties
Questionné par son avocat, Me Robert Bellefeuille, l’accusé a affirmé n’avoir jamais fait d’acrobatie à bord de son avion.
«J’ai conscience que j’ai un avion de 1977, qui est en bonne condition, mais je ne vois pas pourquoi je ferais des vrilles, a-t-il mentionné. Ç’a ne m’est jamais passé par la tête d’en faire avec un avion comme ça.»
Une information qui ne concorde pas avec la thèse évoquée par le rapport du Bureau de la sécurité des transports (BST) qui soutient qu’un homme au sol lui aurait demandé de faire un spectacle.
Poursuite au civil
Parallèlement au procès en cour criminelle, Jean-Frédéric Pinard-Decelles et son instructeur de vol font l’objet d’une poursuite au civil pour un montant de 3,9 M$ par Maxime Landry.
Contre-interrogatoire
Me Karine de Conninck et Me Vincent Huet ont entrepris le contre-interrogatoire de l’accusé mardi après-midi.
Ils ont questionné l’homme de 33 ans sur les obligations d’élève-pilote. Jean-Frédéric Pinard-Decelles a notamment admis en cour qu’il n’avait pas souvenir qu’il lui était interdit d’avoir un passager.
Il a également révélé qu’il n’avait pas été informé avec clarté par son instructeur sur certains aspects tels que les hauteurs de vol lorsque pressé d’interrogations par les procureurs de la Couronne.
Le procès, présidé par le juge Serge Delisle, se poursuit cette semaine au palais de justice de Longueuil.
