Attendre l’autobus scolaire au froid en plein hiver n’est jamais plaisant, ne pas avoir d’autobus du tout ou l’attendre sans savoir qu’il ne passera pas l’est encore moins. C’est ce que vivent de nombreux élèves de la région de Châteauguay à cause des bris de services réguliers du transport scolaire.
Pour se rendre à l’école secondaire Louis-Philippe-Paré à Châteauguay, le fils de Frédéric Routhier doit prendre le circuit 337. Bien que ses enfants aient toujours été transportés en autobus scolaire sans problème, cette année c’est une tout autre histoire. M. Routhier a calculé qu’à six reprises l’autobus n’est pas passé en novembre, même chose en décembre. Lors de notre entrevue fin janvier, il comptait déjà cinq bris de services depuis le retour du congé des fêtes.
«C’est certain que ça handicape nos matinées et je vous laisse imaginer le stress pour les élèves lorsqu’ils ont des évaluations à la première période», souligne le Châteauguois. Il a remarqué que cet hiver, dès qu’il y avait de la neige, systématiquement l’autobus ne passait pas le lendemain.
Plusieurs circuits touchés
Le circuit 337 opéré par RoBus n’est pas le seul à vivre des bris de services. Le centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries (CSSDGS) a indiqué au Soleil de Châteauguay que les circuits 324, 307, 333, 306, 150 et 092, également opérés par RoBus, ont eu cinq bris de services ou plus depuis la rentrée.
À titre d’exemple, selon nos informations, le circuit 307, qui dessert l’école primaire Gérin-Lajoie à Châteauguay, a connu 4 bris de services entre le 28 janvier et le 13 février en plus d’un oubli d’arrêt le 2 février.

La Commission scolaire New Frontiers doit aussi composer avec ce genre de problème. Si on se fie aux publications Facebook de l’école primaire St-Willibrord à Châteauguay, une douzaine de bris de service ont eu lieu entre le 28 janvier et le 19 février.
La commission scolaire a publié un communiqué le 5 février disant comprendre la frustration des parents sur les annulations et retards fréquents. «Le transport est assuré par des compagnies d’autobus sous contrat, qui sont confrontées cette année à d’importants problèmes de personnel. Les absences de chauffeurs et les changements de dernière minute affectent les itinéraires sans préavis», indique-t-on.
Au centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries, on répond que les retards peuvent survenir surtout en début d’année scolaire, lors d’ajustement de trajets et en période hivernale. «À cela s’ajoutent, dans certains secteurs, d’importants chantiers routiers — notamment sur le territoire de la Ville de Châteauguay — qui peuvent complexifier la fluidité sur les routes et, par conséquent, la logistique des services de transport scolaire, contribuant ainsi à des retards», indique Hélène Dumais, directrice adjointe du service des communications au CSSDGS.
Congés de maladie
Contactée à ce sujet, la compagnie Transdev, qui est désormais propriétaire des autobus, a indiqué au Journal avoir été affectée par cinq absences médicales depuis le retour en classe en janvier. L’entreprise compte un total de 10 absences depuis le début de l’année scolaire.
«Plusieurs mesures concrètes ont été déployées afin de stabiliser les opérations, notamment le lancement d’une cohorte de 4 nouveaux candidats chauffeurs, la mise en place d’une stratégie d’attraction locale, incluant de l’affichage promotionnel mentionnant une prime d’embauche et de référencement, informe Frédéric Bourgeois-LeBlanc, responsable des relations publiques chez Transdev. Nous considérons aussi le prêt de main-d’œuvre provenant d’autres divisions chez Transdev pour nous venir en aide» .
Il indique que les bris de services ont été limités dans la dernière semaine et que des retours progressifs de congés de maladie sont prévus à compter du 9 mars, ce qui devrait aider la situation.
Stéphane Tremblay, président de la compagnie familiale Transbus qui dessert aussi de nombreux circuits scolaires pour les centres de services scolaires Vallée-des-Tisserands, Grandes-Seigneuries et la commission scolaire New Frontiers, indique de son côté avoir connu un seul bris de service depuis la rentrée scolaire. «Je ne me réjouis pas de ce qui se passe chez les autres. Au contraire, dans notre domaine, nous sommes des confrères, pas des compétiteurs», dit-il.
Il explique que la pénurie de main-d’œuvre est un enjeu sérieux dans son domaine. Les compagnies de transport n’ont pas de marge de manœuvre au niveau du salaire. Les sommes proviennent de Québec, elles sont envoyées aux centres de services scolaire et ensuite réparties aux compagnies de transport, explique-t-il.
Défis d’attraction
M. Tremblay rappelle que l’âge moyen des chauffeurs est élevé. Selon l’Institut de recherche et d’information socioéconomiques, l’âge moyen des conducteurs d’autobus scolaire était de 58,3 ans en 2023. Stéphane Tremblay remarque qu’un grand nombre ont 65 ans et plus. «À cet âge-là, ils veulent prendre des vacances, pendant l’hiver par exemple, pour aller dans le sud. On n’a pas le choix de leur permettre», illustre-t-il. Les personnes plus âgées sont plus à risque d’être malades pendant la période hivernale également.
Et ce n’est pas un métier facile. «C’est vraiment une vocation», croit M. Tremblay. Il travaille sur plusieurs instances provinciales en transport et aimerait que le gouvernement considère une solution qui pourrait aider à attirer davantage de retraités : créer un crédit d’impôt pour les personnes âgées.
«Je connais des gens de la fonction publique, retraités à 55 ans qui pourraient devenir chauffeur d’autobus, mais ils ne veulent pas, parce qu’au final ils retourneraient tout en impôt. C’est un problème d’imposition qu’on vit», dit-il. Un pas a été fait avec l’aide financière du programme Fidélibus pour favoriser la rétention ou l’attraction dans le domaine, mais ce n’est pas suffisant selon M. Tremblay.
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